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Article rédigé par Yannick Povillon
Midi Libre
Mère de trois enfants, formée au droit, cette entrepreneuse dans la tech incarne une génération de dirigeantes qui bousculent les codes. À la tête de Yoo Soft et de la French Tech Méditerranée, elle milite pour l’audace, l’innovation et la place des femmes dans le numérique.
Elle a beau avoir un nom d’héroïne de roman, rien ne semble écrit à l’avance pour Tassadit Quivy. Ni son parcours, ni ses choix, ni même cette trajectoire qui l’a menée des bancs de la faculté de droit aux allées du CES de Las Vegas, le plus grand salon technologique du monde. À 39 ans, la toute nouvelle présidente de la French Tech Méditerranée cultive un mélange rare de détermination et de doute, de prudence et d’audace.
Celle qui a longtemps souffert « du syndrome de l’imposteur » est devenue l’une des figures montantes de l’écosystème numérique montpelliérain. Une ascension discrète, construite à force de travail, de convictions et d’une certitude devenue un mantra : « Quand je fais les choses, je les fais à fond. »
Première de sa famille à décrocher le baccalauréat, elle s’oriente vers le droit, entre Strasbourg et Montpellier. Elle envisage un temps de devenir notaire avant de se spécialiser dans le droit immobilier. Salariée du secteur, elle met sa carrière entre parenthèses pour élever ses trois enfants. « J’ai voulu faire des enfants jeune », explique-t-elle, fidèle à une quête d’équilibre qui ne l’a jamais quittée. Aujourd’hui encore, entre son entreprise, ses engagements et sa vie de famille, elle trouve le temps de pratiquer le judo avec son fils.
Dans la promotion immobilière, elle constate les limites des logiciels utilisés : « On continuait à travailler avec des fichiers Excel. Je me suis dit qu’il y avait quand même un sujet. » La rencontre avec Éric Quivy, spécialiste des systèmes d’information, transforme cette intuition en projet. Ensemble, ils développent une solution de logiciels sur mesure grâce au no-code. Tassadit Quivy quitte alors une situation confortable pour entreprendre. « J’ai expliqué à mes enfants que nous n’aurions plus forcément le même train de vie. Ils m’ont simplement répondu : « D’accord maman ».
Dans un univers où les femmes restent minoritaires, les doutes persistent. Le déclic survient en 2024, au CES de Las Vegas. Seule sur le stand de son entreprise, elle présente sa technologie à des visiteurs du monde entier. « Quand j’ai vu que j’étais capable d’expliquer notre solution à des Américains comme à des Européens, et qu’ils comprenaient parfaitement ce qu’on faisait, j’ai compris que j’étais légitime. »
Cette confiance la conduit à accepter la présidence de la French Tech Méditerranée. « Pour un seul mandat de deux ans. C’est une mission. Il faut renouveler, faire entrer de nouvelles personnes et de nouvelles idées. On ne peut pas être French Tech et ne pas innover. » Son ambition est de fédérer les acteurs du territoire et d’accompagner les jeunes entreprises. « Montpellier, c’est quand même un écosystème assez riche. Entre le BIC, la Métropole, la Région ou encore les réseaux économiques, tout le monde travaille ensemble. »
Elle défend aussi la place des femmes dans le numérique. « Il faut dire aux filles qu’elles sont aussi fortes que les garçons. » Sur l’intelligence artificielle, son discours se veut résolument optimiste. Elle compare cette révolution à l’arrivée d’Internet. « On l’utilise déjà partout. On ne reviendra pas en arrière. La question, ce n’est pas de la subir, c’est d’apprendre à l’utiliser intelligemment. »
Et après ? La politique ? La question la fait sourire. Pourquoi pas, mais pas à l’échelle locale. Plutôt « au niveau européen », sur les grands enjeux liés à l’innovation et à la souveraineté numérique. Elle ne ferme aucune porte. Elle avance simplement à sa manière, sans bruit excessif, avec cette énergie tranquille de celles qui poursuivent leur route malgré les doutes.
Créée pour accompagner le développement des start-up et des entreprises innovantes, la French Tech Méditerranée fédère plusieurs centaines d’acteurs du numérique et de l’innovation sur le territoire montpelliérain. Sa mission : favoriser les rencontres, accompagner la croissance des jeunes pousses, faciliter l’accès au financement et faire rayonner l’écosystème local en France comme à l’international.
À sa tête depuis ce printemps, Tassadit Quivy en est la première femme et elle succède à Sébastien Lacaze, dirigeant de Septeo, qui avait présidé l’association ces deux dernières années. Son mandat de deux ans s’inscrit dans la continuité du travail engagé tout en mettant l’accent sur plusieurs priorités : l’internationalisation des start-up, l’émergence des talents et le renforcement des liens entre les différents acteurs de l’innovation. "On ne peut pas être French Tech et ne pas innover", résume celle qui entend faire de la coopération l’un des marqueurs de sa présidence.
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