« Je n’oublierai jamais »: des années après avoir été témoins de l’horreur du terro­risme, les survi­vants d’attentats perpétrés en France, comme Caroline, peinent à se recons­truire et empruntent, chacun à leur manière, un chemin long et douloureux pour tenter de renouer avec un quotidien ordinaire.
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Les attentats du 13 novembre 2015 en France ont fait 130 morts et plus de 350 blessés dans la salle de concert du Bataclan et aux terrasses de bars et de restau­rants à Paris, ainsi que dans la ville de Saint-​Denis (région parisienne), près du Stade de France.
Au mois de mai dernier, neuf ans après ces attaques, Fred Dewilde, rescapé de l’attentat du Bataclan, s’est donné la mort. L’association Life For Paris, dont il était l’un des piliers, évoquait alors « le sournois poison répandu par les terro­ristes », qui l’ont « tué une deuxième fois ».
Il s’agit du troisième suicide qui survient dans la commu­nauté des survi­vants des attentats islamistes du 13 novembre. Un triste décompte qui témoigne de la diffi­culté de ces victimes à se recons­truire après avoir vu la mort de trop près.
Une partie de Caroline s’est éteinte sur la promenade des Anglais à Nice le 14 juillet 2016, quand elle a vu un camion la frôler et emporter sur sa route meurtrière le corps d’un bébé. « Cet enfant me hante tout le temps. Je me recons­truis, mais je n’oublierai jamais », confie cette Niçoise de 66 ans à l’AFP.
Le 14 juillet 2016, un Tunisien de 31 ans a perpétré un attentat au camion-​bélier sur la promenade des Anglais le soir de la fête nationale française, causant la mort de 86 personnes.
« Je n’ai pas pu toucher mon petit-​fils avant son premier anniver­saire », poursuit Caroline, rongée par le souvenir de cet enfant fauché par le terro­risme. Après des années de thérapie et un traitement médica­menteux dont elle essaye de se défaire, elle parle d’une « recons­truction qui n’en est pas une ».
« On ne peut pas parler de guérison », confirme la psycho­logue spécia­lisée dans les trauma­tismes liés au terro­risme Asma Guenifi, qui parle plutôt de processus d’« apaisement ». Un attentat, c’est « un tsunami psychique qui vient désor­donner durablement toute votre vie », résume la clinicienne.
« Il y a des jours où ça va bien, d’autres très mal. Je retrouve la vie, j’avance, mais ce sera toujours présent chez moi », témoigne Caroline, plus de huit ans après le drame.
Le procès de l’attentat de Nice a cependant été salvateur pour elle : elle a pu rencontrer d’autres victimes, partager sa douleur. « Témoigner à la barre m’a fait beaucoup de bien », précise la sexagé­naire, « ça permet de sortir la chose de son corps, de sa tête ».
Procès, indem­ni­sation finan­cière et actes mémoriels sont autant d’étapes qui permettent aux victimes d’avancer. « Mais à la fin, il y a un reste à charge qui est pour nous », affirme Arthur Dénouveaux, président de l’association Life For Paris et rescapé du Bataclan.
Paul (prénom d’emprunt), aujourd’hui âgé de 32 ans, a mis des années à réaliser qu’il souffrait d’un syndrome de stress post-​traumatique après avoir échappé à l’attaque terro­riste qui a fait 15 morts sur les ramblas de Barcelone en 2017, alors qu’il était en vacances avec ses amis.
« Par rapport aux morts que j’avais vus, je n’avais pas le droit de me plaindre », se souvient le jeune homme, qui souffrait, comme beaucoup de victimes, du syndrome de culpa­bilité du survivant.
« Cette culpa­bilité d’être en vie quand d’autres sont morts est parfois plus difficile à traiter que le stress post-​traumatique lui-​même », estime Asma Guenifi. « C’est vécu comme une nouvelle injustice », poursuit la psycho­logue, insistant sur la diffi­culté pour les victimes de terro­risme de « donner du sens à quelque chose qui n’en a pas ».
Paul a d’abord repris une vie normale, avant de sombrer dans la dépression et d’assister impuissant à sa « mort sociale ». Crises d’angoisses, perte de poids, insomnies, idées suici­daires… Les symptômes s’accentuent au fil des mois, jusqu’au jour où l’on met les mots sur ce qu’il vit : un trouble de stress post-​traumatique. Débute alors un long parcours de thérapie.
« J’ai vu des psycho­logues, des psychiatres et des théra­peutes… J’ai passé beaucoup de temps à essayer de sauver ma peau », confie Paul, qui a doucement remonté la pente grâce à une méthode qui consiste à écrire le récit de son trauma­tisme de façon très précise et à relire le texte quoti­dien­nement pendant des mois.
C’est aussi auprès de l’Association française des victimes de terro­risme (AFVT) qu’il trouve du réconfort en parta­geant son expérience. « On se rassemble comme une famille », témoigne le trente­naire, estimant que cette association « sauve des vies ».
Aujourd’hui, il accom­pagne d’autres victimes dans leur parcours de recons­truction, « une autre forme de thérapie », explique–il.
Créée au lendemain des attentats du 13 novembre 2015, Life For Paris avait aussi vocation à sortir les victimes de l’isolement. « L’expérience collective allait nous permettre d’avancer », explique M. Desnouveaux.
Le 13 novembre prochain, à l’occasion des dix ans des attentats, l’association sera dissoute. « On a atteint les objectifs que l’on s’était fixés », explique M. Desnouveaux, estimant qu’il faut « essayer d’arrêter d’être des victimes », ne pas « porter la mémoire toute notre vie ».
« Symboliquement, c’est la fin d’un chapitre », espère le survivant, conscient que certaines cicatrices sont indélé­biles. Pour beaucoup de victimes en effet la recons­truction reste un combat quotidien. « Chaque jour, je choisis la vie », sourit Paul.
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