Promesses de bonnes affaires ou jargon professionnel… Le « off market » intrigue et on en parle de plus en plus. Environ 10% des transactions immobilières s’y dérouleraient. Alors mythe ou vraie tendance pour trouver l’appartement ou la maison rêvée en location, étudiants ou jeune couple osent pour dénicher la perle rare.
« Comment faire pour être le premier sur une affaire, la solution ? Le off market ! Des biens qui n’apparaissent nulle part. Pour ça, il faut créer un réseau solide » ou encore « trouver un bien sans qu’il ne soit jamais mis en ligne, et sans passer par les plateformes comme Leboncoin ou Seloger, c’est possible« , assurent certaines vidéos sur les réseaux sociaux.
Sur TikTok, plusieurs vidéos expliquent comment accéder à ce circuit parallèle. Une vidéo promet même “8 stratégies puissantes” pour dénicher la perle rare hors des plateformes traditionnelles.
Parmi les conseils donnés : tisser des liens avec des agents immobiliers, contacter régulièrement les notaires, s’appuyer sur les artisans ou encore distribuer des flyers dans des boîtes aux lettres. Un utilisateur résume dans les commentaires : “déjà essayé les enveloppes, rien donné. Pour le coup de la mairie, on n’y a pas pensé, merci pour ce partage.”
Dans sa définition la plus simple, une vente “off market”, en français « hors marché », désigne un bien immobilier qui n’est pas visible sur les canaux de diffusion classiques. Pas d’annonce sur les sites, ni de publicité. Le bien est vendu via des contacts directs ou un réseau restreint d’acheteurs potentiels.
Pourquoi ? “Pour le client, ça donne une impression d’exclusivité, c’est une stratégie marketing”, estime Laurent Creuset-Beuchat, agent immobilier à Aix-en-Provence. “Mais pas que, ça permet aussi de recentrer notre travail sur le réseau : on contacte, en priorité, les acheteurs qu’on a sur nos listes avant même de publier une annonce ». Autrement dit, pour avoir la chance d’accéder à ce « marché caché », la relation de connivence avec l’agent immobilier semble demeurer primordiale.
Si le “off market” séduit autant, c’est aussi parce que le marché est tendu. Selon l’agence immobilière Nexity, une zone est dite tendue lorsque la demande excède largement l’offre. C’est le cas dans de nombreuses grandes agglomérations de la région : Marseille, Aix-en-Provence, Menton, Nice, Toulon… Dans ces zones, les logements trouvent preneur en un temps record, les loyers sont élevés et les prix de vente en forte pression.
Dans ce contexte, certains vendeurs préfèrent ne pas exposer leur bien publiquement, tandis que les acheteurs cherchent à se positionner avant la foule. “Le off market, c’est quand vous recevez un coup de fil pour visiter un bien qui n’a jamais été mis en ligne”, affirme un habitué sur les réseaux sociaux.
La tendance déborde du cadre professionnel. Des particuliers postent des stories sur leurs réseaux sociaux. Cet été, dans les stories Instagram, on peut lire : « je cherche un appart/chambre à Issy-les-Moulineaux ou Boulogne-Billancourt, j’ai un budget maximum de 600 euros, venez DM« .
Via le cercle d’amis et les repartages, les personnes en recherche d’appartement ou maison, peuvent bénéficier d’un bouche-à-oreille plus direct, entre « personnes de confiance » efficacement. En voici un exemple :
Mais est-ce du “off market” ? Pour les agents, la réponse est nuancée : “dans ce cas de figure, je dirais oui et non… pour qu’il y ait vraiment off market, il faut un caractère exclusif. Si l’info circule sur Instagram, ce n’est plus vraiment caché”, sourit Laurent Creuset-Beuchat.
Pour certains professionnels, le “off market” est plus une tendance qu’un bouleversement du secteur. “Avant, on parlait juste d’une bonne affaire ou d’un bien rare. Aujourd’hui, on lui a donné un nom. Mais dans les faits, ça existait déjà”, explique Laurent Creuset-Beuchat. Il évoque aussi un changement d’approche : “aujourd’hui, les agents se recentrent sur leur réseau, alors qu’avant, ils misaient tout sur les plateformes.”
Valérie, également agente à Aix-en-Provence, nuance : “ça peut arriver de manière exceptionnelle, par affinité avec le client. Mais dans le contexte actuel de tension sur le marché immobilier, on n’a pas besoin de ça. Une seule annonce attire déjà quinze dossiers.”
Pour Laurent, agent immobilier depuis 2013, le « off-market » se fait surtout pour les biens « atypiques« , « rares« , « des biens de qualité« . Il ajoute à cela : « le vrai ‘off market’ ce sont des biens qu’on ne trouve pas classiquement, des grosses propriétés ou des personnes qui ne veulent pas être exposées« .
S’il ne semble pas révolutionner l’immobilier, il attire ceux qui veulent se démarquer. Moins de concurrence, visites privilégiées, réseau personnel… Moins de 10 % des transactions se feraient en off market, selon la Banque Boursorama, même si la tendance fait beaucoup parler.
Laurent, agent-immobilier assure : “c’est devenu un mot du jargon professionnel qui est devenu une trend, une mode. Il est apparu il y a six mois, voire un peu moins d’un an. On l’utilise parfois juste pour appâter le client. On vous dit : ‘je ne l’ai pas encore mis en ligne’. C’est comme on disait avant, ‘j’ai trois autres visites prévues, dépêchez-vous ».