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Lundi soir, le maire de Libourne, Philippe Buisson, s’est emporté lors du Conseil municipal contre une transaction immobilière rue Jules-Ferry. Il dénonce une vente menée « contre la ville » et menace de recourir à la préemption. L’agente immobilière visée conteste fermement ces propos et assure avoir respecté toutes les règles
« Depuis plusieurs années, on travaille dur avec InCité pour ramener de l’habitat de qualité en ville et lutter contre les logements indignes. Nos efforts commencent à payer. Sauf que certains ne jouent pas le jeu. Certains jouent même contre la ville. Je suis vraiment fâché. Je vise une agence immobilière en particulier, celle de Ghislaine Augier. » Lundi soir, lors du Conseil municipal retransmis sur les réseaux sociaux, Philippe Buisson ne cache pas sa colère.
Il fulmine depuis qu’il a appris que La Passerelle de l’immobilier chercherait à vendre des biens, citant des « immeubles » rue Jules Ferry, au Collectif d’action des sans-abris de Gironde (Casa 33). « On s’est renseigné. Il s’agit d’une structure opaque, inconnue de la préfecture et basée à Bègles. Ni l’État, ni le Département, ni la Région ne la subventionnent. Et on n’accède à aucun bilan financier. » On retrouve trace de cette association dans un article de « Sud Ouest », au sujet d’un squat en plein Bordeaux, en avril 2010.
Son échange avec un responsable associatif l’a fait bondir : « Je l’ai appelé pour savoir quel sans-abri il allait héberger car, à ma connaissance, il n’y en a qu’un dans la bastide. Et on lui a déjà tout proposé, il n’ira donc pas dans une telle structure. » La réponse l’a glacé : « Mon interlocuteur m’a dit que s’il n’y en avait pas, il les ramènerait de Bordeaux ! » On imagine Philippe Buisson tomber de sa chaise.
Deux cessions sont en cours. « On l’a appris par les DIA », explique le maire. Ces Déclarations d’intention d’aliéner (DIA) sont obligatoires pour toute vente en zone de préemption. Philippe Buisson a aussitôt contacté l’agente immobilière. « Il semblerait que, depuis, l’acheteur soit une autre association : 100 pour un toit, une coopérative bordelaise. » Celle-ci fédère une centaine de personnes pour financer l’hébergement de familles sans abri ou en difficulté. Mais pour l’édile, peu importe.
« C’est la première fois que j’évoque de cette manière un dossier privé. Je le fais avec beaucoup de colère car là, aucun contact n’a été pris avec nos services : ni urbanisme, ni sociaux, ni élus… » Le maire assure ne pas viser les vendeurs, d’anciens commerçants « de bonne foi », mais l’opacité d’une transaction conduite sans concertation, quand bien-même celle-ci relève du privé. « La ville se redresse. Et on ne pourra pas le faire si, en notre sein, certains jouent contre nous. » Conséquence : si rien ne change, la Communauté d’agglomération du Libournais, présidée par Philippe Buisson, préemptera l’immeuble pour casser la vente. « On ne devrait pas en arriver là », souffle le maire.
Mise en cause publiquement, Ghislaine Augier, gérante de l’agence La Passerelle de l’immobilier depuis 2016, réfute les accusations. Elle affirme d’abord avoir « demandé un rendez-vous avec la mairie il y a plusieurs mois », sans retour. Elle précise ensuite qu’« il s’agit d’un appartement de 100 m² qui ne sera pas divisé, et d’un local au rez-de-chaussée pour une commerçante de Libourne qui cherche à s’agrandir. » Selon elle, « une clause de substitution » existe dans le compromis, ce qui permet en effet légalement à Casa 33 « de passer la main » à l’association 100 pour un toit. Ghislaine Augier explique que cette association aide des personnes à petits revenus, par exemple au Smic, et qui arrivent à peine survivre. « Certains, même en travaillant, sont parfois obligés de dormir dans des voitures à cause du manque criant de logements à petits loyers. N’en déplaise à monsieur le maire, ces gens-là aussi ont droit à un toit sur la tête. En l’occurrence, là, ça serait pour une famille qui vit dans l’Est de la France. »
L’agente immobilière insiste sur le fait qu’elle n’a « aucun intérêt à détériorer l’image d’une ville dans laquelle [elle] cherche à vendre des biens immobiliers. » Face à ces accusations de jouer « contre la ville », elle se dit prête à aller plus loin : « Si ça continue, je porterai plainte pour diffamation. »
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