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Média local avec zéro milliardaire dedans
Pierre Hurmic et Thomas Cazenave veulent faciliter l’accès au logement à Bordeaux et de le rendre plus abordables. Avec deux visions très différentes : le candidat macroniste veut relancer la construction, notamment à la Jallère, sans jamais préciser s’il compte bétonner cette zone sanctuarisée, ni comment il compte faire pour transformer les bureaux en logements ; le maire sortant veut poursuivre l’encadrement des loyers et « bâtir la ville sur la ville ».
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Lutter contre la spéculation immobilière, rendre les logements accessibles aux personnes en situation de précarité, des appartements étudiants adaptés aux petits budget… Parmi les témoignages rapportés et diffusés lors du débat organisé par TV7 fin février, les Bordelais sont nombreux à manifester leurs difficultés pour se loger.
Selon une étude de l’Observatoire des loyers de la Gironde, en 2020 le loyer moyen pour un appartement sur l’agglomération bordelaise s’élevait à 600 € pour une surface habitable moyenne de 51 m². Le loyer médian était lui observé à 12,1 €/m².
Les dernières études publiées à l’été 2025, portant sur des chiffres de 2024, illustrent une hausse de 10% : le loyer moyen avoisine maintenant les 662€ pour une surface moyenne de 52 m² quand le loyer médian est à présent observé à 12,9 €/m². Pour les maisons individuelles, le loyer est passé sur la même période de 995€/mois en 2024 à 907€/mois en 2020. D’autant que trouver un logement relève très souvent du parcours du combattant. Mais de quels leviers dispose la Mairie pour en faciliter l’accès au plus grand nombre ?
Si le combat des Insoumis et des listes d’extrême gauche était celui de la réquisition des logements vacants, celui de Thomas Cazenave vise plutôt à transformer 50 000 m² de bureaux vacants en surfaces habitables.
« C’est 1 000 logements dans le cœur de ville que nous pouvons obtenir en transformant des bureaux, pour la jeunesse et pour les familles parce que la ville, contrairement à ce qu’affirme Pierre Hurmic, est restée très chère et surtout c’est très difficile de trouver un logement », arguait-il chez nos confrères de France 3.
Sauf que le candidat macroniste ne précise jamais comment il compte procéder. Les mairies n’ont en effet aucun pouvoir sur le changement d’affectation, qui relève de décisions des propriétaires privés de ces bureaux, à moins de racheter ou de réquisitionner ceux-ci. Le député Renaissance, contacté à plusieurs reprises par Rue89 Bordeaux, n’a pas donné suite.
En outre, la reconversion de bureaux est une tendance « naturelle » du marché actuellement, expliquait en décembre dernier Stéphane Pfeiffer. L’adjoint en charge de l’urbanisme dans la majorité sortante décrivait alors un marché du bureau « au point mort », entre l’essor du télétravail et la crise immobilière. A Euratlantique, l’opération d’intérêt national, où des dizaines de milliers de m2 d’immobilier d’entreprise devaient voir le jour, les programmes sont soit sont à l’arrêt, soit ont été réorienté vers du logement.
L’encadrement des loyers, actuellement expérimenté à Bordeaux, figure parmi les mesures que défend mordicus le maire sortant. « Je vous promets que c’est l’un des outils qui permet de limiter la hausse des loyers dans Bordeaux », martelait Pierre Hurmic lors du débat chez TV7.
Un rapport co-écrit en septembre 2025 par les députés Annaïg Le Meurco (Renaissance) et Inaki Echaniz (PS) lui donne justement raison. Dans celui-ci, rédigé pour inciter à la pérennisation du dispositif (dont l’expérimentation sur le territoire national doit prendre fin en novembre 2026), les deux parlementaires concluent que l’ensemble des communes qui l’exercent en sont « satisfaites et voient des effets concrets » sur leur territoire, ce qu’a récemment observé la Fondation pour le logement des défavorisés.
Les parlementaires rappellent bien que le dispositif « n’a pas pour but de faire baisser les loyers » mais d’accompagner la hausse pour « éviter les loyers excessifs ». Il n’est pas non plus « la cause de la baisse générale de l’offre locative, qui affecte aussi les villes sans encadrement ».
Thomas Cazenave y voit de son côté une « mauvaise réponse à un vrai problème », la bonne étant selon lui d’encourager l’offre de logement, d’inciter à la rénovation et à la remise sur le marché des biens pour « qu’il y ait un modèle économique ».
Très libéral en la matière, le député macroniste croit dans la loi de l’offre et de la demande, pourtant régulièrement démentie sur le sujet du logement : il affirme qu’il faut bâtir toujours plus de logements pour en faire baisser le coût. Mais il n’indique pas où, alors que la ville de Bordeaux n’a presque plus de foncier disponible pour de grandes opérations.
La dernière en date, et la dernière tout court selon l’équipe du maire sortant, sera livrée à partir de 2027 : il s’agit du futur quartier « bas carbone » de la Jallère, un projet avec 2 500 logements « abordables pour familles et étudiants », bâti sur les zones déjà artificialisées autour du grand stade de Bordeaux et des bâtiments de bureaux (Gan, CDC…) désaffectés.
Nicolas Florian, l’ancien maire de Bordeaux, avait fait marche arrière sur le projet initial d’Alain Juppé,, qui consistait à urbaniser tout le secteur – 50 hectares d’espaces naturels et de zones humides. Une décision entérinée en 2020 par les écologistes qui s’étaient insurgés contre cette opération.
Thomas Cazenave compte poursuivre ce projet à la Jallère afin d’y implanter du logement « pour accueillir familles et étudiants ». Mais il veut y construire des échoppes bordelaises, c’est à dire des maisons individuelles assurant une densité de logements bien moindre.
Nous avons sollicité le candidat pour comprendre les contours exacts de ce projet : envisage-t-il de bétonner les zones naturelles aujourd’hui sanctuarisées ? Est-ce un retour aux pavillons individuels sur pilotis suggérés par Nicolas Michelin ? Interrogé sur le sujet, le candidat et son équipe n’ont pas jugé nécessaire de répondre à nos sollicitations.
Thomas Cazenave décrit pourtant ce futur quartier qu’il décrit comme l’un de ses trois grands projets urbains (avec l’opération Cœur de Ville et la requalification du quartier Capucins/Victoire/Saint-Michel).
Pour construire plus, le macroniste préconise également sur une simplification des procédures, afin de débloquer la production de logements neufs, et veut supprimer « les normes inutiles et dogmatiques comme le Label frugal bordelais ».
Ce dernier n’est pourtant pas un dispositif obligatoire : peu contraignant, « aucun projet immobilier n’a été empêché par le label Frugal », rappelait Stéphane Pfeiffer lors d’un débat sur le logement en janvier.
« L’objectif du label, c’est d’inciter l’ensemble des acteurs de l’immobilier à modifier les pratiques de construction pour une construction plus sobre et plus durable. Aujourd’hui il y a peu de bâtiments labellisés, mais on en a une dizaine qui vont rentrer en chantier cette année », affirme-t-il.
Le maire sortant préfère miser sur une construction adaptée aux enjeux climatiques, dans le diffus, pour « bâtir la ville sur la ville », en accompagnant notamment les particuliers pour des surélévations ou développer les colocations dans les logements sous-occupés.
Pierre Hurmic veut aussi poursuivre le rattrapage du retard « inouï » en matière de logements sociaux, passant de 18,5% en 2020 à 20,5% cette année (la loi SRU exigeant aux villes d’en disposer au minimum de 25%), soit 5 500 agréments au cours du mandat pour atteindre les 28 912 logements locatifs sociaux au 1er janvier 2025 (les données au 1er janvier 2026 ne sont pas encore disponibles).
Une production qu’il compte amplifier pour atteindre « a minima » les 25% d’ici la fin du prochain mandat, mais. Un budget de 5 millions d’euros sera justement engagé en ce sens dans le quartier du Grand Parc pour la rénovation de logements intermédiaires, et dont une partie sera consacrée à la création de logements.
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Journaliste formée à Sciences Po Toulouse.
Photo : WS/Rue89 Bordeaux
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Photo : MB/Rue89 Bordeaux
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