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Publié le 26 octobre 2017 à 03h10
Le grave accord du carillon résonne dans la pièce. Le froid court sur les dalles. Et l'on s'alarme d'un épisodique grincement de porte. Étrange comme le décor sordide joue à plein. Pourtant le jour est encore clair. Le vrombissement des véhicules, sur la départementale 1.089 et la fréquence des passages attestent que l'on n'a pas totalement perdu pied avec la réalité.
Une petite fille emmurée vivante à l'étage
Thomas Neveu, allure dégingandée et bonnet vissé sur la tête, nous décoche un sourire réjoui. « La maison est hantée. Je peux vous assurer que, croyante ou pas, vous ne passeriez pas une nuit seule ici. » Sa compagne, et présidente de l'association, Anaïs Moiroud, le désavoue d'un regard cartésien. « Je suis comme Saint-Thomas, confie-t-elle. Je ne crois que ce que je vois. »
Le couple, originaire de l'Isère, a posé ses bagages dans les monts du Forez à l'été 2016. Après avoir travaillé dix ans dans le monde de la nuit, Thomas cherchait une bicoque « qui ait du vécu » pour s'adonner à l'une de ses passions : l'horreur "gore" (c'est-à-dire teintée de sang). L'ancien hôtel du Pré fleuri, bradé sur le Bon coin après dix-sept années d'abandon, l'a décidé à quitter Saint-Quentin Fallavier pour les bois noirs. À deux, ils ont monté une société civile immobilière, créé une association et lancé un concept inédit en France : le Shinning hostel. Une centaine de personnes venues de Paris, Marseille, Béziers, Toulouse, Lyon ou Clermont ont depuis adhéré au mouvement et goûté à l'hospitalité du site le temps d'une nuit.
Meublées dans le style 1900, toutes les pièces sont restées dans leur jus. Lambeaux de tapisserie, parquet craquant, pendules branlantes… Les chambres vieillottes ont chacune leurs détails horrifiques et Thomas Neveu répand, rusé, les grandes légendes du coin : « une petite fille aurait été emmurée vivante dans l'une des pièces à l'étage », murmure-t-il. L'hôte jure avoir senti son souffle une nuit et les investigations du NGI (Nuclear ghost investigation) de Toulon corroborent ses dires. Le décor, c'est certain, se prête à de mémorables frousses d'autant que l'association a ses propres artifices pour faire monter la tension.
Accueillis au crépuscule, les visiteurs reçoivent un pyjama molletonné en échange de leur montre et téléphone portable. Ainsi privés de leurs repères temporels, ils s'adonnent à quelques tests psychologiques dans une ancienne salle de classe avant de partager un repas et de visionner un film, d'horreur évidemment, dans l'un des petits salons. Cinq ou six membres d'honneur animent la soirée (tous ont signé des clauses de confidentialité), grimés en réceptionniste, en professeur, en chirurgien, en pêcheur ou en égorgeur, les scénarios empruntant aux grands classiques du genre. Impossible, par conséquent, de fermer l'œil aux heures sombres, l'imagination galopant à la maigre lueur des chandelles électriques.
22 caméras installées dans les chambres
L'association, cependant, reste consciente des limites. Et le jeu prend fin sitôt franchie la frontière de la terreur. « 22 caméras filment les participants en permanence, précise Thomas Neveu. Lorsqu'un participant se mure dans la prostration, se met en retrait, ou fond en larmes, c'est le signe qu'il faut arrêter là. » Ce mardi 31 octobre, le vieux manoir se teintera de rouge. Les toiles d'araignées envahiront plafonds et rampes d'escalier. Halloween : premier grand événement au calendrier d'une association qui a prévu, pour le coup, une semaine de préparatifs. Frissons garantis.
Bon à savoir. Tarifs : entre 40 et 50 € la nuit selon le thème de la soirée : horror, survivor, Ouija, enquêteurs… Il reste encore quelques places au Shinning hostel pour la nuit d'Halloween. Interdit aux moins de 16 ans. Tous les renseignements sur https ://www.shinninghostel.fr
Laetitia Cohendet
[email protected]
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