PHOTOS. Le trésor caché dans les entrailles de la cathédrale de Reims
Dans les entrailles de la cathédrale de Reims, au milieu des fondations se trouve la cuve du baptême de Clovis.
La messe à peine terminée, la cathédrale se remplit de visiteurs. Certains sont venus voir les vitraux de Chagall et ne seront pas déçus d’avoir fait le voyage. Par contre, ceux venus pour le baptistère de Clovis vont devoir se contenter de se recueillir devant une simple dalle dans la nef centrale, à la hauteur de la cinquième travée de l’édifice, non loin de la chaire : “Ici, Saint-Remi, baptisa Clovis, roi des Francs”.

En dessous, à 3 mètres de profondeur, les archéologues Walter Berry et Robert Neiss ont mis au jour, en juin 1995, après trois ans de fouilles intensives, ce qui semble bien être les vestiges de la cuve ayant servi au baptême de Clovis.
Les mystères et les rebondissements entourant le baptistère de Clovis ne manquent pas. Intrigués, nous nous sommes enfoncés sous la cathédrale, avec comme guide, Patrick Demouy, historien rémois, spécialiste de l’époque médiévale pour un voyage au 5e siècle.
On descend par un petit escalier raide et étroit, on passe par une lourde porte, une volée de marches supplémentaires, et nous voici au cœur de la cathédrale. Sur le côté, l’ancien système de chauffage datant d’avant 14-18, à mesure que l’on descend, le cheminement se fait tortueux et plus difficile. On baisse la tête, en même temps que l’on se fraye un chemin sur des planches en bois afin d’éviter de souiller les lieux.
À droite, à gauche, des rubans indiquant d’anciens sites de recherches archéologiques. « Ils sont quelques privilégiés seulement à être venus ici », lâche Patrick Demouy. Des archéologues et des historiens du monde entier.
On longe sur notre gauche l’un des murs de ce qui fut l’église carolingienne. Car ici, dans les profondeurs de cette cathédrale bâtie au XIIIe siècle, s’entremêlent et s’entrecroisent les fondations de quatre cathédrales successives. À quelques pas de là, dans une autre travée, dorment encore dans leurs tombeaux quelques évêques. Mais nous ne sommes pas venus aujourd’hui pour troubler leur repos.
Après un passage étroit où l’on évolue en se baissant, on débouche sur une pièce rectangulaire.
« Nous y sommes  ! » Patrick Demouy n’est pas peu fier. «  Ce n’est pas très parlant, je l’admets, car le site a été pas mal bouleversé. Nous ne voyons ici que la moitié du baptistère. Il s’agissait d’un bâtiment carré, d’une dizaine de mètres de côté. Il a été coupé en son milieu par un mur de la fondation de l’édifice carolingien. » De l’autre côté de ce mur de plus d’un mètre d’épaisseur, les archéologues ont retrouvé l’autre pendant du baptistère. « L’accès à cette autre salle est très difficile. Il faut ramper et c’est très étroit », commente l’historien.

Nous voici devant les traces de la cuve qui était carrée. Il y avait des marches des quatre côtés, qui permettaient d’y descendre d’un côté et de remonter par un autre côté, une fois baptisé. « La cuve était peu profonde. On se dépouillait de tout vêtement pour descendre dans le baptistère. L’eau arrivait à mi-cuisse, ce qui n’excluait pas de s’agenouiller. On se retrouvait alors aspergé par trois fois d’eau bénite. Et le baptisé ressortait ensuite recouvert d’un linge blanc. »
 Les archéologues ont trouvé aussi le canal d’adduction d’eau confirmant l’utilisation du site pour des baptêmes « avec donc une cuve traversée par de l’eau vive symbolisant le Jourdain », continue l’historien. « Techniquement, c’était utile, quand on pense que Clovis a été baptisé avec 3000 guerriers, il valait mieux que ce ne soit pas de l’eau stagnante. » De l’eau a priori chauffée, on a retrouvé la trace d’un hypocauste (installation de chauffage romain par le sol), juste à côté.
Un baptistère qui fut sans doute luxueux, comme en témoignent des fragments de mosaïque bleus et verts, des tesselles portant encore les traces de feuille d’or ainsi que des morceaux de marbre, «  sans qu’il ne soit malheureusement possible de reconstituer le décor. »

La cuve était entourée de colonnes et surmontée d’une coupole. Grâce aux tessons, on sait que ce baptistère remonte à la première moitié du Ve siècle. Mais est-ce vraiment celui qui a permis de baptiser Clovis ? « Oui, sans trop grand risque d’erreur. Vous ne ferrez jamais avouer à un archéologue même sous la torture que Clovis a été baptisé là parce qu’il n’a pas laissé de trace, il n’y a pas d’inscription. Mais pour moi, il n’y a pas de doute possible, dans la mesure où les textes attestent que Clovis a été baptisé à Reims, le ministre du baptême était l’évêque de Reims qui officie dans sa cathédrale. On ne voit pas où cela aurait pu avoir lieu si ce n’est pas là ».
Pendant des siècles, on fut incapable de localiser ce baptistère. Il faut attendre 1918 que l’architecte chargé de la restauration de la cathédrale après la Première Guerre mondiale, Henri Deneux, entame ainsi les premières recherches sérieuses : il fait entreprendre des fouilles importantes. Ses recherches dans le sous-sol de la cathédrale vont durer 10 ans. Une tranchée est ouverte le long du mur extérieur nord de la cathédrale, sous la rue Robert-de-Coucy. « Il avait mis au jour une salle avec une cuve dans l’angle du transept », détaille Patrick Demouy.
Pour l’architecte et archéologue amateur, cela ne fait aucun doute qu’il s’agit du baptistère de Clovis. Pourtant, il est dans l’erreur. « On reste sur cette idée un bon demi-siècle » , commente Patrick Demouy. En 1993 débutent de nouvelles fouilles archéologiques, elles sont menées à l’approche de la célébration à venir du 15e centenaire du baptême de Clovis avec la venue de Jean-Paul II. « Des études stratigraphiques permettant de repérer et de dater les couches archéologiques sont sans appel. La cuve découverte par Henri Deneux provient des thermes gallo-romains datant de l’époque de Constantin (IVe siècle) donc à une époque plus ancienne, et à une profondeur plus importante que celle où devrait se situer le baptistère de Clovis ».
Des fouilles sont entreprises au niveau de la nef « et permettent de réinterpréter des vestiges qu’Henri Deneux avait vus mais sans trop les explorer car il y avait des tombes de chanoines qu’il n’avait pas voulu bouger. »
Le travail des archéologues s’est aussi appuyé « sur les carnets de fouilles d’Henri Deneux, avec ses croquis détaillés, et qui sont aujourd’hui conservés dans l’une des bibliothèques de la ville. Les archéologues ont ainsi fini par trouver l’édifice baptismal, en façade de l’église paléochrétienne. Henri Deneux a arrêté ses recherches à 25 mètres de la cuve, bloqué pour ainsi dire par le tombeau d’un chanoine. Il s’avère que la cuve se trouvait en dessous » , explique Patrick Demouy.

Aurélie Beaussart
Au sol, sur la pierre, l’inscription ne comporte volontairement aucune date : « On sait maintenant que le baptême de Clovis ne s’est pas déroulé en 496. Si cette date n’est aujourd’hui plus admise, il y a toujours débat entre spécialistes sur une fourchette  comprise entre 498 et 508 », explique Patrick Demouy.
La statue de l’évêque Remi baptisant Clovis, située au abord de la basilique Saint-Remi, peut prêter à confusion. « Beaucoup pensent ainsi que c’est là-bas qu’a été baptisé Clovis. C’est faux. Le site de Saint-Remi n’existait pas encore. Il a été construit sur la tombe de Saint-Remi. »
« Il a été évoqué un moment la possibilité de mettre une dalle de verre mais ça demanderait une mise en valeur des vestiges qui sont quand même peu lisibles par les non initiés », fait encore savoir l’historien. « Mais ça peut toujours s’envisager, avec un accompagnement pédagogique : des dessins, voire une maquette. »
Dans les écrits, les traces de l’édifice baptismal sont peu nombreuses. Grégoire de Tours relate le baptême de Clovis, 70 ans plus tard. Il mentionne le baptistirium dans lequel s’est déroulée la cérémonie mais n’est pas précis sur sa localisation. « On sait que le baptistère se trouvait à proximité de la cathédrale, sur le côté. Une disposition assez fréquente, puisqu’il doit être distinct de l’église », explique Patrick Demouy.
Après Louis Le Pieux, la reconstruction de la cathédrale par Ebbon, au IXe siècle fait disparaître le baptistère sous le nouvel édifice, plus vaste.
Quatre cathédrales.  C’est vers l’an 400 que l’évêque Saint-Nicaise décide de déplacer la cathédrale se trouvant sous l’actuel parking Saint-Symphorien, à l’emplacement où elle se situe aujourd’hui. Après le sacre de Louis Le Pieux, dans les années 820, elle est reconstruite. De nouveau agrandie, avant la construction de l’actuelle cathédrale datant du XIIIe siècle.
A-t-on tout fouillé ? Des fouilles pourraient de nouveau être entreprises sous la cathédrale et à l’emplacement du cloître, (du côté du Trésor) ainsi que sous le Palais du Tau. Tout ce secteur n’a pas encore été exploré.
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