Actuellement en détention au Royaume-Uni, une fausse femme d’affaires chinoise a été condamnée mardi 11 novembre à Londres à 11 ans et huit mois de prison pour blanchiment, à l’issue d’une fraude à l’investissement en Chine ayant fait 128 000 victimes et donné lieu à une saisie record de 61 000 bitcoins.
Cette histoire débute en 2014 à Tianjin, dans le nord-est de la Chine. Zhimin Qian, une jeune et ambitieuse femme d’affaires de 36 ans met sur pied une société d’investissement qui promet à tout et un chacun de s’enrichir rapidement grâce à la cryptomonnaie.
L’entrepreneuse de la finance s’évertue à convaincre des novices dans le domaine : chauffeurs de taxi, agriculteurs, artisans, bouchers, femmes au foyer… Elle leur promet, moyennant une petite mise de départ, une rente journalière et surtout des gains doublés tous les six mois.
Les premiers poissons mordent à l’hameçon et perçoivent les gains promis. Le bouche-à-oreille se met en route et les Chinois et Chinoises sont de plus en plus nombreux à se tourner vers Zhimin Qian. Entre 2014 et 2017, elle ouvre sept bureaux de sa société à travers le pays et organise de nombreux événements publics.
Son portefeuille s’enrichit de clients étrangers et atteint bientôt près de 130 000 investisseurs, tous profils confondus. Des hommes d’affaires, employés de banque et des membres du pouvoir judiciaire se laissent également convaincre.
Tout le monde ignore alors qu’une tentaculaire escroquerie de type Ponzi se cache derrière cette juteuse affaire. La société d’investissement de Zhimin Qian est une coquille vide. L’argent placé n’est pas investi, aucun profit n’est généré. L’habile truande a mis en place un système en vase clos, où chaque client est rémunéré grâce à l’argent apporté par les nouveaux entrants. Ce type d’arnaque tient son nom de Charles Ponzi, un escroc italien actif aux États-Unis dans les années 1920, qui avait promis des rendements énormes grâce à des coupons-réponses postaux, qui ne valaient rien.
Tant que de l’huile est apportée au moulin, la roue continue de tourner. Lorsque les autorités chinoises commencent à s’intéresser aux affaires de Zhimin Qian, celle qui se fait alors surnommer « la déesse de la richesse » prend la poudre d’escampette. Elle convertit alors une grande partie de l’argent de ses victimes en bitcoins et s’enfuit au Laos, puis au Royaume-Uni avec de faux papiers.
La société miracle s’est évaporée. Les victimes découvrent l’ampleur de leurs pertes. Certaines y ont investi tout leur capital. Des clients subissent « d’énormes pertes personnelles, affectant leurs vies, leurs mariages, fracturant leurs familles et leurs entreprises », témoignent leurs avocats au procès de Zhimin Qian à Londres.
Au Royaume-Uni, l’arnaqueuse – qui se fait désormais appeler Yadi Zhang – loue une luxueuse villa dans le centre de Londres et s’attelle à blanchir son argent. Sa domestique Jian Wen, une ancienne serveuse de fast-food, lui sert de façade et se charge de convertir à sa place des millions de bitcoins en cash, en bijoux et en immobilier.
Mais ce train de vie onéreux, avec notamment l’achat de deux résidences à Dubaï en 2019, ne passe pas inaperçu aux yeux des autorités britanniques. De nouveau pistée, l’arnaqueuse prend la fuite à temps, laissant sa domestique se démêler avec ses ennuis judiciaires. Celle-ci écopera de sept ans de prison.
Il faudra encore sept longues années d’enquête pour retrouver la trace de la « déesse de la richesse ». La police londonienne collabore avec la Chine et place sous surveillance rapprochée l’un de ses complices en Malaisie. Elle est finalement arrêtée à York en avril 2024. Près de 61 000 bitcoins, soit environ 6 milliards d’euros, sont saisis au terme de la procédure, soit « la plus grande saisie de cryptomonnaie au monde », selon la Metropolitan Police.
La femme d’affaires déchue avoue les faits devant la justice britannique et plaide coupable le 30 septembre à Londres. Son avocat explique alors qu’elle souhaite « rassurer » les victimes, qui selon elle pourront couvrir leur perte grâce à l’argent saisi et à « la forte hausse de la valeur des cryptomonnaies ».
Les autorités britanniques étudient actuellement un dispositif de remboursement pour les clients faussés, qui fait l’objet de débats au civil devant la Haute Cour de Londres. Plus de 1 300 victimes présumées se sont manifestées, selon des sources proches du dossier.