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Sénégal : l’épargne de la diaspora, une alternative à la dette pour financer l’immobilier locatif
Moutiou Adjibi Nourou, Agence Ecofin
Publié le 27/02/26 à 16:14
Au Sénégal, le déficit de logements est estimé à environ 500 000 unités, selon les autorités.
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Au Sénégal, les autorités entendent mobiliser davantage les ressources internes pour financer des investissements structurants, dans un contexte de contraintes budgétaires accrues et de besoins croissants en logements urbains. C’est dans cette logique que s’inscrit le projet de création d’un Fonds commun de placement immobilier dédié aux Sénégalais de l’extérieur, baptisé FCPI-Diaspora Sénégal (FCPI-DS).
Présenté en Conseil des ministres le 25 février, le dispositif vise à orienter une partie des transferts de fonds de la diaspora vers des investissements immobiliers structurés, plutôt que vers la consommation courante. Selon le compte rendu officiel, ces transferts représentent près de 10 % du PIB, soit environ 2 200 milliards FCFA (près de 3,4 milliards d’euros) par an.
« Le Premier Ministre a présenté le concept de Fonds Commun de Placement Immobilier-Diaspora Sénégal (FCPI-DS) qui viserait à transformer ces flux en investissements immobiliers locatifs », précise le communiqué.
Si les contours opérationnels du fonds n’ont pas encore été détaillés, son déploiement devrait s’articuler avec les réformes engagées dans le cadre du Programme national d’accès au logement et de renouveau urbain (PENALRU), destiné à structurer l’offre immobilière et à réduire le déficit de logements. Le pays fait en effet face à un déficit structurel estimé à environ 500 000 logements, selon le ministre de l’Urbanisme, Moussa Balla Fofana.
Devant le Parlement en décembre, ce dernier soulignait l’ampleur du défi : « Depuis 2013, malgré un besoin estimé à 300 000 logements par an, la production réelle dépasse rarement 5 000 unités par an […] Si l’on multiplie les 500 000 logements manquants par un coût moyen de 20 millions de francs CFA, on mesure l’ampleur de l’investissement à faire en quinze ans, par exemple. Le budget de l’État ne suffit pas pour y arriver ». Dans ce contexte, le FCPI-DS apparaît comme un levier potentiel pour soutenir la construction de logements locatifs tout en dynamisant le secteur du BTP et les services financiers associés.
En privilégiant un véhicule d’investissement collectif plutôt qu’un financement budgétaire classique, l’exécutif cherche à capter une épargne déjà existante au sein d’une diaspora considérée comme un acteur économique stratégique. Le mécanisme permettrait aux Sénégalais de l’extérieur de détenir des parts dans un portefeuille immobilier géré par des professionnels, générant à la fois des revenus réguliers et un patrimoine durable, « sans dette publique », selon les autorités.
Cette orientation intervient dans un contexte budgétaire particulièrement contraint. La découverte d’une « dette cachée » évaluée à 8 300 milliards FCFA (environ 12,6 milliards d’euros) a contribué à porter l’endettement public à un niveau estimé proche de 119% du PIB, réduisant les marges de manœuvre de l’État malgré des perspectives de croissance soutenues. Face à cette situation, la mobilisation de l’épargne de la diaspora s’impose progressivement comme une alternative crédible aux financements par endettement, notamment pour des investissements de long terme comme l’immobilier.
La stratégie s’inscrit plus largement dans un renforcement des liens économiques avec les Sénégalais de l’extérieur. En septembre 2025, l’État avait déjà levé environ 686 millions d’euros sur le marché financier régional de l’UEMOA, avec une participation notable de la diaspora, présente dans plus de 45 pays, aux côtés d’investisseurs résidents et sous-régionaux.
Le recours à l’épargne de la diaspora pour financer l’immobilier n’est pas inédit au Sénégal. En 2019, l’État, via la Banque de l’Habitat du Sénégal (BHS), avait lancé un premier « diaspora bond » destiné au financement de programmes de logements sociaux. L’opération, assortie d’un taux d’intérêt de 6,25% sur cinq ans, avait permis de mobiliser 20 milliards FCFA (environ 30,4 millions d’euros), avec un taux de souscription de 114%. La diaspora y avait contribué à hauteur de 43%, le reste ayant été absorbé par le marché financier régional.
Fort de cette expérience, le FCPI-DS pourrait constituer une nouvelle étape dans la structuration de l’épargne extérieure en tant qu’outil de financement interne, à condition de garantir une gouvernance transparente, une gestion professionnelle des actifs et des rendements attractifs pour des investisseurs de plus en plus exigeants.
Moutiou Adjibi Nourou, Agence Ecofin
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