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Cap d’Antibes. Qu’adviendra-t-il du château de la Croë, sept hectares sur la mer, sa muraille qui intimide les promeneurs? Roman Abramovitch, après l’avoir acquis pour 15 millions de dollars en 2004, en aurait injecté plus de 100 autres dans les travaux d’extension et de réaménagement.
Une méchante rumeur le prétend vendeur. Une autre, aux accents plus funestes pour lui, laisse entendre que son bien pourrait être gelé, voire saisi. « Aucune information sur ce point. J’ai eu les mêmes échos, mais je ne connais pas les sources », glisse un agent immobilier spécialisé dans les biens d’exception.
Sous couvert d’anonymat, il admet que les incidences de la crise se font déjà sentir sur ce marché hyper haut de gamme, qui ne se limite pas aux oligarques stricto sensu. Illustration: « J’ai un client qui m’a téléphoné en me disant vouloir vendre. Une maison à près de 10 millions d’euros. Peur de ne plus avoir les revenus à la hauteur de ce train de vie. Et j’ai appris qu’une transaction venait d’être annulée à Saint-Tropez, il s’agissait d’un peu plus de 20 millions d’euros. L’économie russe risquant de s’effondrer, l’acquéreur, en se désistant, voulait préserver ses liquidités. »
Michael Fusaro, le directeur de Nice Properties, se félicite d’avoir pu finaliser à temps deux transactions avec des clients russes. Des logements dans une fourchette de prix de 1 à 2 millions d’euros, à Nice. Seul hic: « Les acquéreurs, pour l’instant, ne peuvent pas venir récupérer leurs clés. »
Il n’en doute pas: « L’impact sera important, c’est une certitude. Je ne vois plus passer aucune demande émanant de cette clientèle russophone. » Son agence vient de signer un mandat pour un appartement situé sur la Promenade des Anglais, vendu à des Américains il y a quelques années et désormais estimé plus de 3 millions. Il était jusqu’alors exploité par un confrère pour de la location saisonnière. Au tarif de 1.000 euros par… jour! « Il vient de me dire que tout était plein pour juillet-août, mais que tous ses clients russes et ukrainiens avaient d’ores et déjà annulé. »
Les événements de 2014 avaient déjà chamboulé le marché. « Avant la Crimée, nous réalisions au moins 30% de notre chiffre avec les Russes. Aujourd’hui, 7 à 8%. » Il observe cependant que « les crises précédentes n’ont pas eu d’incidence sur les prix des plus belles propriétés ».
Dans le droit fil du président américain, Bruno Le Maire ne parle plus de « gel », mais bien d’une « saisie des actifs ». Comment cette sanction pourrait-elle se traduire concrètement? « Aucune idée », avoue un autre spécialiste du très haut de gamme. « Déjà, les oligarques, à part un ou deux d’entre eux, très visibles, achètent rarement en nom propre. On dit que tel ou tel est propriétaire, mais sur le papier, c’est plutôt une société londonienne, suisse ou bulgare, avec probablement des hommes de paille. Comment, concrètement, cela peut-il se passer? Et si ces biens sont saisis, qu’en faire, comment les entretenir? Je ne suis pas spécialiste du droit international, mais encore une fois, c’est un mystère. J’ajoute que, si certains de ces oligarques sont vraisemblablement complices de Poutine, on peut imaginer que d’autres ont voté l’arrêté permettant l’agression de l’Ukraine dans le seul but de rester à leur place. »
Il faut également préciser que ce marché de niche a des codes qui ne répondent à aucune équation. « Au-delà d’un certain degré d’exception, impossible de faire une estimation en comparant les ventes récentes. On met en vente à 200 millions, puis on voit si quelqu’un est prêt à payer ce prix. Est-ce que ça les vaut? Oui, si un client tombe sous le charme. Le château de la Croë, cela se compte en centaines de millions. »
Une négociatrice, elle aussi anonyme, le reconnaît: « C’est aussi la rareté de ces biens qui justifie des montants de ce niveau. S’il s’en trouvait subitement beaucoup à la vente, il serait difficile d’exclure l’hypothèse d’une chute des prix. »
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