Alors que la précarité étudiante explose et que l’accès au logement est un parcours du combattant, l’Université de Bordeaux fait construire sur son terrain 660 logements étudiants privés aux loyers exorbitants.
Paola Soledad
6 mai
À la rentrée 2026, une résidence étudiante de luxe prévoit d’ouvrir ses portes sur un terrain loué par l’Université de Bordeaux. Avec ses 759 logements, elle est présentée comme une solution pour résoudre le manque de logements étudiants. C’est en réalité un bon moyen pour le promoteur immobilier privé Ecla de se faire une mine d’or sur le dos d’étudiants précaires en quête de logement. Divisée en deux parties, « Humanities Village » propose 495 studios allant de 700 à 800 euros par mois, soit presque 200 euros de plus que la bourse maximale proposée par le CROUS. Des « logements sociaux » sont aussi mis à disposition à presque 500 euros… Une belle preuve d’altruisme !
Un véritable hôtel de luxe pour étudiants, du moins en façade, puisque le directeur d’Eovest Promotion, Damien Belloc, l’assume lui-même : « Les logements ont un peu moins de surface habitable que ce qui se fait traditionnellement. Mais il y a énormément de services ». En réalité, les appartements proposés sont des minuscules T1 pour 800 euros. Mais pas de panique, puisque la première préoccupation des étudiants n’est surtout pas de trouver un travail pour pouvoir finir les fins de mois et payer son loyer, mais bien de pouvoir faire du padel ou un sauna entre deux cours.
Cette offre de services diversifiée vient justifier ces prix exorbitants, et seraient soi-disant un rempart aux problématiques de santé mentale chez les jeunes. En effet, Bernard Muller, vice-président en charge de la vie étudiante et de la vie de campus à l’Université de Bordeaux le confie à Sud-Ouest : « Cela change tout : moins de temps perdu dans les transports, plus de disponibilité pour réussir ses études, mais aussi pour s’investir dans la vie collective. C’est un facteur direct de réussite, et aussi un levier puissant pour rompre l’isolement, qui reste un enjeu majeur pour la santé mentale des étudiants et en faveur de leur bien-être ».
Pourtant, ce sont des appartements bien au-dessus des moyens des étudiants, comme le montre l’enquête nationale du Poing Levé sur les conditions de vie étudiantes, avec 5 000 participants. L’enquête révèle qu’en 2023, 85 % des étudiant·es vivent sous le seuil de pauvreté, et 30 % sont contraints de se nourrir dans des banques alimentaires.. L’inflation et la flambée des prix des produits de premières nécessités en sont les premiers responsables.
En plus de devoir suivre leurs études, beaucoup d’étudiants se voient obligés de travailler à côté afin de pouvoir payer le loyer et se nourrir. Ce n’est pas pouvoir aller faire du paddle qui va briser l’isolement chez les jeunes et améliorer leur santé mentale, lorsque la précarité en est la première cause. Un choix à l’image de l’Université de Bordeaux, qui refuse de financer un meilleur accompagnement psychologique, avec actuellement seulement sept psychologues pour près de 54 000 étudiants, répartis sur Bordeaux, Agen, Périgueux, Pau, Bayonne, Mont-de-Marsan et Dax. Ce projet immobilier ne tombe pas du ciel : il s’inscrit dans une politique délibérée de précarisation orchestrée par le gouvernement.
Une précarité organisée et un projet d’université élitiste
Cette précarité étudiante ne vient pas de nulle part, elle est organisée par le gouvernement, qui se sert du CROUS pour gérer la misère. En 2025, le conseil du CROUS ainsi que la présidence de l’Université de Bordeaux ont voté pour l’augmentation des loyers de 3,26 % pour les logements conventionnés et 1,28 % pour les logements non conventionnés. Ce même CROUS devait, pour 2026, construire 6 000 logements supplémentaires. Cependant, en 2025, ce n’est même pas la moitié du chiffre attendu qui a été atteint.
Pourtant, ce nombre initial était déjà bien en deçà de la demande réelle des étudiants. En effet, en 2025, 71 000 demandes de logement CROUS à Bordeaux ont été effectuées par des étudiants pour moins de 11 000 places. La présidence de l’Université de Bordeaux a donc trouvé comme solution de signer un bail pour faire construire sur un de ses terrains une résidence étudiante inaccessible aux plus précaires. Un projet qui s’inscrit totalement dans la vision élitiste de la présidence de l’Université de Bordeaux, qui cherche à approfondir son image d’université d’excellence : « nous franchissons une étape très concrète dans notre vision du campus à l’Université de Bordeaux », se félicite Bernard Muller, vice-président en charge de la vie étudiante et de la vie de campus. « Il ne s’agit plus seulement d’un lieu où l’on vient étudier, mais d’un véritable lieu de vie, où les étudiants peuvent habiter, apprendre, se rencontrer et s’épanouir au quotidien  » explique-t-il.
Dans la même lignée, le gouvernement accentue ses offensives austéritaires et racistes en poussant les facs à devenir de plus en plus élitistes et fermées aux classes populaires ainsi qu’aux étrangers. Que ce soit par la suppression des APL pour les étudiants étrangers ou par le fait qu’il prévoit la fin de l’exonération des frais d’inscription pour les étrangers « extra-communautaires », le gouvernement prépare de plus en plus d’offensives racistes et xénophobes. L’objectif est clair : ils veulent professionnaliser rapidement la jeunesse pour convenir aux besoins du patronat, en faire la future chair à canon, et mettre leurs savoirs au profit de la militarisation.
Contre la précarité : organisons la riposte !
Pour en finir avec la précarité étudiante, il faut exiger un revenu étudiant à hauteur du SMIC revalorisé, financé par les grandes fortunes. À Bordeaux, la spéculation immobilière n’est pas nouvelle, nous la dénoncions déjà lors des élections municipales, avec la candidature de Petra Bernus, étudiante-infirmière et candidate Révolution Permanente. Les prix des logements qui augmentent ne font qu’accroître le nombre de personnes sans-abris, d’enfants à la rue et d’étudiants sans logements. Il est urgent de réquisitionner les 300 000 logements vides de l’agglomération bordelaise et d’investir massivement dans un grand plan de rénovation des logements actuels afin qu’il n’y ait plus personne à la rue ou dans l’insalubrité !
Un suivi psychologique ne peut suffire à effacer la détresse de la jeunesse. Entre militarisation, génocides, agressions impérialistes, précarité, austérité, destruction de la planète, c’est une réponse politique que nous devons apporter. Face à la situation, il est urgent que la jeunesse s’organise en lien avec les travailleuses et travailleurs ainsi que les quartiers populaires, afin de reconstruire un mouvement étudiant fort, capable d’affronter nos gouvernements impérialistes ainsi que ce système capitaliste. C’est pourquoi il est important d’être nombreuses et nombreux à participer à la rencontre anti-impérialiste de la jeunesse révolutionnaire organisée par Le Poing Levé le 23 mai à Bordeaux !
Enquête du Poing Levé sur la précarité
Crous
Université de Bordeaux
Université Bordeaux Montaigne
Bordeaux
Précarité
Logement
Jeunesse
Arsène Renaudi, élu CFVU au Mirail
Le Poing Levé
Fil Jensen
Maël V.
Le Poing Levé
Zoé Petry
Le Poing Levé Art et Culture
Carl Orkanen
Antoine Chantin
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