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Pendant près de deux ans, cet artisan de 60 ans a sévi à Morcenx-la-Nouvelle. Des devis très attrayants, des acomptes encaissés sans possibilité de se rétracter et des travaux qui ne vont pas jusqu’au bout, les rares fois où ils sont commencés
Il avait trouvé le bon filon. Depuis janvier 2020 et pendant deux ans, cet artisan girondin proposait ses services ou répondait à des petites annonces sur Le Bon Coin dans le secteur de Morcenx-La-Nouvelle. Défiants toutes concurrences, ses devis étaient acceptés dans la foulée.
Mis en confiance, ses clients lui versaient, le jour même de la présentation du devis, des acomptes qui sont parfois montés jusqu’à 21 000 euros, sur les 28 000 de la totalité de l’un des chantiers. « Il y a un délai à respecter avant d’encaisser des acomptes, avec un formulaire de rétractation à fournir ainsi qu’une garantie décennale à présenter », lui rappelle la juge montoise, mardi 22 octobre.
Le sexagénaire, courts cheveux blancs, bafouille : « J’ai débuté les chantiers sans les terminer. » Intempéries, Covid et problèmes de santé constituaient un mur d’excuses plus vite monté que ceux, les vrais, pour lesquels il était payé. Puis plus rien. Le maçon quittait Morcenx en douce et partait se réfugier dans un camping en Gironde.
Il reconnaît des devis au doigt mouillé : « Je laissais les petits chantiers pour en démarrer d’autres plus importants ou plus près de chez moi. Je travaillais à perte. Une fois le matériel payé, il ne me restait rien. » Durant cette période, il indique tout de même qu’il se versait un salaire de 2 000 à 2 500 euros par mois.
Face à cette problématique, il ne revoyait pas ses devis à la hausse. Pour cause, il voulait les chantiers. Ils n’étaient, certes, pas rentables, sauf quand on ne fait pas les travaux. « Que vous vous trompiez une, deux, trois fois, ça pose question sur la gestion de votre entreprise, mais là, avec 13 plaignants, ça sent la cavalerie. On n’est pas loin de l’escroquerie », souligne la juge.
Se sentant flouée, une de ses clientes, a sollicité une émission de télé. « Une dizaine de personnes m’ont contactée après la diffusion », indique-t-elle au tribunal. Problème supplémentaire, l’homme n’a pas souscrit d’assurance de responsabilité et n’a pas délivré de formulaire de rétractation aux clients. Ils se retrouvent le bec dans l’eau.
Les juges cherchent du côté de la personnalité du prévenu pour tenter de cerner le personnage. L’homme est titulaire de 13 comptes bancaires, possède trois voitures, sa femme quatre, alors qu’elle n’a pas le permis. Côté casier judiciaire, elle a été mise en cause dans des affaires d’escroquerie et d’usurpation d’identité. Lui a été condamné à six reprises pour abus de confiances, escroqueries. En octobre 2023, le tribunal de commerce de Mont-de-Marsan lui avait interdit de gérer une entreprise pendant les quinze prochaines années. Me Gremiaux plaide : « Il était pris dans une spirale infernale. » Une spirale qui se chiffre à plus d’une centaine de milliers d’euros de préjudice.
« Au vu de son passé, il ne peut pas ignorer la réglementation. Clairement, il s’en fiche et s’assied dessus, mais ce n’est pas comme ça que ça marche », tance la substitute du procureur avant de requérir deux ans de prison dont un an ferme. Décision le 17 décembre.
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