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En Albanie, plusieurs milliers de personnes ont de nouveau manifesté samedi 6 juin au soir à Tirana pour la sixième journée consécutive. Au départ, la contestation vise un projet touristique autour d’un lagon et des plages sauvages, une zone protégée du littoral, porté par Jared Kushner et sa femme, Ivanka Trump. Mais les manifestations se sont rapidement transformées en un mouvement plus large contre la corruption et le gouvernement du Premier ministre, Edi Rama.
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Entourée de drapeaux albanais, la foule compacte se masse sous les bureaux du Premier ministre, rapporte notre correspondant à Tirana, Louis Seiller. Certains brandissaient des pancartes « Ivanka, rentre chez toi » ou encore « l’Albanie n’est pas à vendre », parfois signées « Gen Z ». Il s’agissait de la plus importante manifestation depuis le premier rassemblement organisé lundi dans la capitale albanaise.
Avec son mari et leur fille de 4 ans, Silvi manifeste pour le septième jour de suite : « On se mobilise contre ce projet, contre la loi qui favorise les investisseurs stratégiques, mais aussi contre la corruption : rien ne fonctionne en Albanie ! »
Accusé par les manifestants de « favoriser les investisseurs au détriment des intérêts du pays », Edi Rama affirme régulièrement qu’il ne renoncera pas au projet et accuse des « forces étrangères » d’inciter ces manifestations. Il a déclaré vendredi qu’« il n’y a pas de raison de s’inquiéter », et que le projet n’avait pas encore été approuvé. Il a souligné que « les meilleurs experts » au monde étaient « mobilisés » et qu’il s’agissait de « créer quelque chose d’unique ».
La jeunesse albanaise est à la pointe de ce mouvement qui dépasse désormais largement le projet touristique de la famille Trump. Flogert et ses amis, la vingtaine, ont fait une liste des problèmes qui rongent le pays, selon eux : « 400 000 personnes ont quitté l’Albanie en dix ans ! Ils sont partis pour toutes les raisons qu’on a mis sur cette pancarte. La corruption, les mauvaises conditions de travail, le crime organisé… »
Les manifestants réclament le départ du Premier ministre Edi Rama, au pouvoir depuis 2013. Ses opposants l’accusent depuis des années de proximité avec les groupes mafieux.
Pour Migena, la trentaine, il est temps de tourner la page : « Il faut du changement ! Parce que ce Premier ministre n’est rien d’autre qu’un bandit ! Il n’a rien fait de bon pour l’Albanie. Il a vendu notre pays, il a vendu tout ce qui était possible. »
Sur les pancartes, les flamants roses du lagon de Narta sont partout, devenus l’emblème du mouvement. Le lagon côtier de Vjosa-Narta abrite de nombreux oiseaux migrateurs, dont des flamants roses, qui pourraient être menacés par le projet estimé à 4 milliards d’euros.
Plus tôt dans la journée, plusieurs centaines de personnes s’étaient rassemblées dans le lagon protégé de Vjosa-Narta, à environ 150 km au sud-ouest de Tirana, à l’endroit où un chantier se mettait en place ces derniers jours, provoquant un mouvement de réaction. « Toute cette étendue marine est une zone protégée. La détruire serait fatal pour la biodiversité », a dit à Emiljona Puja, employée dans la finance.
Certains surnomment déjà la mobilisation la « révolution des flamants roses ».
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