Un bijou du patrimoine raphaëlois, à l’abri des regards jusqu’ici, qu’ignore le grand public, pointe en ce moment le bout de son nez… Il se dévoile aux potentiels acheteurs car ce bijou, c’est-à-dire une villa et son parc, a été mis en vente par les actuels propriétaires (1).
Alphonse Karr, fameux écrivain, romancier et journaliste, est venu s’établir à Saint-Raphaël en 1865, il a 57 ans. Il acquiert alors un grand terrain où se trouve une petite savonnerie, que les habitants appelaient La Fabrique. Il habite une propriété qu’il va vite nommer ‘‘Maison Close’’ en raison de sa volonté de la voir fermée aux gens, et se protéger ainsi « de la présence des hommes » – mais il ne fermera pas sa porte à ses amis que sont notamment Frédéric Mistral, Victor Hugo, Jean Aicard ou George Sand ! Il va d’ailleurs souvent les recevoir au sein d’un joli parc qu’il crée (lire par ailleurs).
Si la villa ‘‘Maison Close’’, depuis rebaptisée Villa Helios, n’est pas en vente, c’est l’ex-Fabrique, aujourd’hui configurée en habitation et appelée ‘‘Villa Marine’’ qui est en vente, ainsi que le fameux parc créé par Alphonse Karr – soit un peu plus de 2 700 m². Sandrine Binot, propriétaire avec son mari depuis 2022, nous ouvre grand ses portes. « Le site est classé là, dès l’entrée du parc, montre-t-elle avec enthousiasme. Alphonse Karr habitait dans sa ‘‘Maison Close’’, mais il logeait sa famille dans La Fabrique réaménagée et devenue ‘‘Villa Marine’’. Et a intégralement créé un magnifique parc où se trouve un étang. »
La propriété se situe à deux pas du port de Santa-Lucia. Et cet étang est aussi majestueux qu’énigmatique : « à en croire Alphonse Karr, il a trouvé, dès son arrivée, des sources naturelles – dont on ne connaît toujours pas leur origine exacte – qui alimentent cet étang… Des papyrus filtrent l’eau, et les carpes koï y contribuent aussi : on a très peu de moustiques alors que l’eau est stagnante. Donc l’étang s’entretient sans qu’on ait à intervenir ! »
Pourtant si proche du centre-ville, on s’imagine facilement en pleine nature, loin de tout… « Parfois, des gens pensent pouvoir venir visiter le parc si on laisse le portail ouvert, c’est déjà arrivé, s’amuse la propriétaire. Car c’est vrai que c’est très attirant ! Ces eucalyptus sont majestueux par exemple. » Lamartine le disait lui-même : « Un jardin qu’en cent pas l’homme peut parcourir – Va, c’est assez pour vivre et même pour mourir. »
Non loin de là, la maison semble, de l’extérieur, toujours être une savonnerie. « Cet extérieur n’a pas changé, en revanche, bien sûr, à l’intérieur tout a été refait récemment – mais il reste des détails, par-ci, par-là, qui rappellent une histoire riche. » C’est donc un bout de patrimoine, un morceau d’histoire que l’on peut s’offrir ici !
1. Il faut passer par l’agence Port Santa-Lucia immobilier, du groupe des Agences du Sud, joignable au 04.94.83.11.22.
« Tout poussait et vivait libre », affirmait Alphonse Karr, à propos de son petit trésor de verdure, où y a poussé une quinzaine de variétés d’eucalyptus, des mimosas, des grévilléas à feuilles de fougère, des touffes de bambous, de papyrus, des daturas, des chèvrefeuilles, des lauriers roses, etc. « La richesse du terrain tenait aux sources que j’ai découvertes en creusant. J’avais pour rien le soleil et l’eau […] Mon jardin me fournirait les fruits, les légumes et les fleurs. Où donc, petite Jeanne (sa fille, NDLR), pouvions-nous être plus heureux, si nous savions nous protéger ? »
On sait également que lors de ses vieux jours, Alphonse Karr passe le plus clair de son temps dans son jardin. Sa nièce, Violette Bouyer-Karr (1875-1975) écrivait à propos de ce parc : « Le calme jardin, vibrant d’oiseaux, élevait en plein ciel ses flèches de verdure – et la nature était là, maîtresse souveraine. Les roses à madrigaux et à parfumerie ; les lilas à gerbes d’amoureux ; les lauriers des collégiens et des vainqueurs du peuple […] »
1. A la mort d’Alphonse Karr, en 1890, on propose que la commune de Saint-Raphaël, qui doit sa prospérité au poète, fasse du jardin un square, et de la bâtisse un musée dédié à Alphonse Karr – rendant ainsi hommage à l’un des ‘‘créateurs’’ de la ville. Le non moins célèbre Félix Martin estimait, lui, que « la municipalité eût été heureuse de réaliser un semblable projet, mais les obligations impérieuses que crée le rapide développement de la ville ne lui permettent pas un tel sacrifice. » La villa est alors habitée par le peintre Paul Coquand, avant de connaître aux XXe et XXIe siècles d’autres propriétaires.
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