Une photo du père Jacques Hamel lors de ses funérailles. Le curé de 85 ans a été tué à Saint-Etienne-du-Rouvray par deux jihadistes le 26 juillet 2016. – CHARLY TRIBALLEAU / POOL / AFP
« La résilience est un long chemin », lance Joachim Moyse, maire de Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine-Maritime).
Il y a tout juste dix ans, le 26 juillet 2016, la commune était frappée par un attentat. Ce jour-là, deux hommes entrent dans l’église Saint-Étienne et tuent le père Jacques Hamel âgé de 85 ans, en pleine messe. Les terroristes blessent grièvement un paroissien de 86 ans et prennent en otage trois fidèles pendant 45 minutes. Les assaillants, Adel Kermiche et Abdel Malik Petijean, sont abattus par la BRI dès leur sortie de l’église.
Daesh a revendiqué, dès l’après-midi, l’attaque et a diffusé le lendemain une vidéo montrant les deux islamistes prêtant allégeance à leur groupe.
Très vite, les réactions pleuvent, jusqu’au niveau national. Plus localement, les habitants se mobilisent. Deux jours après l’attaque, des milliers de personnes participent à une marche à l’appel des autorités civiles et religieuses.
Si l’événement a marqué la commune, « on ne peut pas rester figés », insiste dix ans plus tard le maire, auprès de BFM. Depuis l’attentat, la ville porte la tolérance et l’humanité pour leitmotiv. D’ailleurs, la commune a changé sa devise pour « mieux vivre ensemble » et réaffirme à l’occasion des commémorations de cette année vouloir porter « un message de paix et de fraternité ».
Après l’attentat, « il n’y a pas eu de déchirement, pas de fracture de la population » dans la ville, retrace Joachim Moyse.
« Avec cet attentat, quelque chose a ressoudé les gens. Ils ne se sont pas rebellés. On aurait pu craindre un déferlement de haine parce qu’il y a une grosse communauté musulmane ici. Les deux communautés, chrétienne et musulmane, ont essayé de travailler sur quelque chose », raconte Anne Coponet, fille de victimes présentes dans l’église, dans le livret réalisé spécialement pour commémorer les dix ans de l’attentat. Pour le maire de l’époque, Hubert Wulfranc, une chose est claire: « La cohésion qui aurait pu se déliter s’est renforcée. »
À l’occasion des dix ans de l’attentat, treize témoins ont raconté l’attaque dans un recueil intitulé Revivre ensemble. Parmi eux: Roseline Hamel, la sœur du père Jacques Hamel, Mohamed Karabila, président du conseil régional du culte musulman en 2016, la sœur Danièle, présente dans l’église, ou encore François Hollande, président de la République entre 2012 et 2016.
« Avant, le vivre-ensemble était une évidence pour moi. À partir de cet acte, je me suis dit qu’il fallait le construire tous les jours, de manière artisanale. Pas comme une évidence », raconte ainsi dans Revivre ensemble, Mohammed Karabila, président du culte musulman, désormais conseiller municipal.
Les témoignages se déclinent également en treize vidéos et treize podcasts « plus intimistes », décrit auprès de BFM Antony Milanesi, responsable du département information et communication de la ville. « Le but était de montrer de l’intérieur comment on a vécu et comment on a dépassé l’événement. »
Ce n’est pas le premier projet mémoriel qu’a entrepris la commune. Dès le premier anniversaire de l’attentat, le 26 juillet 2017, une stèle pour la paix et la fraternité avait été inaugurée en présence, notamment, du président de la République, Emmanuel Macron et du Premier ministre, Édouard Philippe.
Au fur et à mesure, des groupes d’acteurs locaux issus des mondes cultuels ou associatifs se sont constitués « pour véhiculer des messages de paix et de fraternité ». Des projets éducatifs sur ces thèmes s’organisent dans le périscolaire. « Des enfants ont réalisé 1.000 grues en origami dans un grand tableau, c’est magnifique », liste le maire en indiquant que l’oiseau est un symbole de paix.
Autre exemple: les associations musulmanes et catholiques locales organisent ensemble « Fraternité en fête », « pour faire la fête ensemble ».
Joachim Moyse note également la naissance de l’amitié entre la mère d’un des deux terroristes et la sœur du père Hamel.
« Elles sont devenues des sœurs de douleur », dit-il en faisant référence au titre du livre qu’elles ont publié ensemble. « Au commencement, nous avions en secret, l’une et l’autre, l’envie de nous rencontrer. Il a fallu au moins un an pour que je décide de frapper à sa porte. Ce fut le moment le plus important au début de notre histoire: oser la rencontre impensable mais possible », décrit Roseline Hamel.
Dix ans plus tard, les souvenirs remontent dans la commune mais le temps passe aussi. « Tout le monde ne se sent pas forcément concerné. Mais, en tant qu’acteurs locaux, on se doit d’être un exemple. Il faut construire une cohésion sociale, partager le message et travailler ensemble plutôt que d’entretenir la haine et la discrimination », glisse Joachim Moyse. Transmettre est une nécessité. »
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