Série. Ils colorent la ville (6/7). « Paris-Normandie » est allé à la rencontre des street-artistes havrais. Aujourd’hui, Sprayvisions, le seul graffeur devenu décorateur professionnel.
Son nom d’artiste fait presque penser à celui d’un super héros. C’est tout de même un joli tour de force que Sprayvisions réussit depuis une dizaine d’années : il est le seul, dans le milieu du graff havrais, à vivre de sa passion, proposant ses talents de décorateur aux particuliers comme aux professionnels, les écoles et les centres aérés. « J’aime bien travailler avec les institutions, peindre avec les enfants. Mais il faut être pédagogue ! » Sa clientèle s’est faite par le bouche-à-oreille. La fresque qu’il exécute en ce moment pour un client particulier est exceptionnelle : environ 26 mètres d’un décor que Sprayvisions a entièrement imaginé.
Son travail commence toujours par une esquisse, un dessin pour présenter un modèle. « Je ne veux surtout pas de carte blanche ! Je propose toujours plusieurs maquettes au client et j’insiste pour qu’il en valide une. »
Sprayvisions ne travaille quasiment qu’à la bombe, parfois au marqueur pour les détails plus fins, les traits linéaires, les motifs qui ne souffrent pas la projection approximative de peinture. On ne s’en doute peut-être pas, mais les graffeurs ont le sens de la perfection, le souci du détail millimétrique. Sprayvisions ne laisse rien au hasard. Ainsi, la taille du support va nécessairement limiter le visuel à réaliser. « La bombe ne permet pas d’être aussi précis que sur une toile. Le geste n’est pas le même que celui de la main tenant un pinceau », éclaire-t-il. D’où le choix d’un outil particulier. « On m’a suggéré de travailler à l’aérographe, mais ce n’est pas mon boulot et il faut une dizaine d’années pour maîtriser le geste ».
S’il a ses « trucs » pour créer certains effets sur le mur, qu’il ne dévoilera pas, souple, pluridisciplinaire, polyvalent, Sprayvisions s’adapte au style que le client souhaite : « Les demandes peuvent aller du personnage de dessin animé au décor trompe-l’œil, de la composition abstraite au portrait de Bob Marley ou de Johnny Halliday à peindre dans le bureau alors que “Madame” n’est pas d’accord ! » Plus surprenant encore : « Des hommes, plutôt d’âge mûr, me réclament des femmes dénudées à peindre dans leur chambre à coucher. Qu’ils soient en couple ou pas ! C’est une demande qui revient 5 à 6 fois dans l’année. Le style pin-up, je veux bien, mais Clara Morgane nue, je refuse ! »
Les fresques, elles, font souvent appel à l’univers visuel de la nature. « On me demande peu de graffiti, c’est pourtant ma base ».
De ses débuts dans la rue, comme tous les graffeurs, Sprayvisions livre le souvenir d’un parcours autodidacte : « On se débrouille tout seul ».
Après le lycée, il enchaîne avec un BTS transport et décroche un emploi à l’entrepôt logistique Leclerc sur le port du Havre. Puis, il commence à faire un peu de décoration, parallèlement, en postant des annonces sur « Le Bon coin ». « J’ai commencé à travailler non-stop. Mon patron voyait bien que c’était mon truc ». Ils se quittent en bons termes et Sprayvisions « monte sa boîte ».
Depuis, Sprayvisions revient toujours, de temps en temps, peindre dans la rue, à titre personnel. « C’est important de revenir peindre en terrain avec les potes ». Graffeur un jour…
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