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Jean-Marie Guillon, professeur émérite de l’université Aix-Marseille, nous livre son analyse sur un événement qui a marqué l’histoire de Toulon.
Quelle importance le bombardement du 24 novembre 1943 occupe-t-il dans l’histoire de Toulon?
Une place importante. Déjà parce que c’est le premier d’une série de huit bombardements majeurs menés par les alliés à Toulon jusqu’à la libération de la ville en août 1944. L’objectif de ces attaques aériennes était de frapper les sites militaires utilisés par les Allemands. Le bombardement du 24 novembre est aussi celui qui affiche le plus lourd bilan avec 450 morts, 600 blessés et 12.000 sinistrés. Plus de 500 maisons ont été touchées. Il va marquer pour longtemps les imaginations.
Quel est le contexte de ce bombardement?
Il faut se souvenir, avec l’épisode du sabordage de la flotte, que la ville est occupée par les nazis depuis un an. La Kriegsmarine tient désormais le principal port militaire de Méditerranée. Toulon était devenu un objectif stratégique considérable pour les Américains et les Anglais. Lesquels ont, pendant des mois, tenté de détruire les installations de l’arsenal et des chantiers navals de La Seyne.
Très meurtrier, le bombardement du 24 novembre a-t-il été un succès militaire?
Il a atteint ses objectifs. Des dépôts d’essence ont été touchés, des bateaux renfloués suite au sabordage, des sous-marins allemands, des bassins de radoub, des installations portuaires…
Malheureusement aussi, beaucoup de quartiers alentour à l’arsenal maritime et celui du Mourillon qui étaient visés.
Pourquoi y eut-il autant de victimes?
Déjà, ce jour-là, il y avait un vent épouvantable, ce qui n’a pas facilité la tâche aux bombardiers américains. Ensuite, les avions volaient à très haute altitude pour éviter la DCA et bombardaient par vagues, en tapis, sans guère de précision. Résultat: le Pont-du-Las, Bon-Rencontre, le Mourillon ou encore le quartier de Besagne ont été touchés.
Près de 500 morts, c’est quand même énorme. La population ne s’était pas mise à l’abri?
Depuis des mois déjà, des avions américains survolaient Toulon, sans la bombarder. Il y avait donc eu pas mal d’alertes que la population ne prenait plus très au sérieux, ne se ruant pas toujours dans les abris. D’où, aussi, ce nombre élevé de victimes. Après le 24 novembre, tout sera différent.
Qu’est-ce qui sera différent?
La vigilance des habitants. Beaucoup de gens vont également partir se réfugier à la campagne. La population va ainsi passer de 160.000 Toulonnais en 1943 à 60.000 au printemps 1944. D’autres bombardements plus intenses, tel celui d’avril 1944 sur La Seyne et Toulon, feront ainsi moins de morts.
Au-delà du bilan humain et militaire, ces bombardements ont-ils eu un impact sur la conscience collective?
Il faut savoir qu’avant 43, Toulon n’avait eu à subir que des attaques aériennes limitées de l’aviation italienne. Du coup, ces bombardements alliés auront, en effet, un retentissement important dans les consciences toulonnaises. Traumatisée, la population nourrira longtemps un ressentiment contre les Américains, dont une rumeur sans fondement prétendra qu’ils bombardaient avec beaucoup moins de précision que les Anglais. Mais jamais ce sentiment ne bénéficiera aux Allemands.
Toulon est-elle une ville martyre de la guerre 39-45?
La ville sera la plus bombardée du midi, et l’une des plus bombardées de France. Entre La Seyne et Toulon, ce sont près de 1.000 civils qui périront. Mais le bombardement français le plus meurtrier restera celui de Marseille, le 27 mai 1944. La gare Saint-Charles était visée. On comptera près de 2.000 morts.
Des traces sont-elles encore visibles de ces bombardements?
Il n’y a plus guère de stigmates de ces événements aujourd’hui, si ce ne sont les immeubles plus récents construits au milieu de bâtiments anciens lors de la reconstruction, comme celui des Galeries Lafayette. Ou la frontale du port. En ville, subsistent aussi de vieilles inscriptions « abri » ou « refuge » indiquant sur des murs les endroits où on pouvait se protéger des attaques aériennes.
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