Un logement sur deux serait une bouilloire thermique. Sur le terrain, pourtant, les agents immobiliers assurent que la canicule ne pèse pas encore sur les décisions d’achat. Les enquêtes disent l’inverse. Entre déclaratif et réel, voici ce que la chaleur déplace déjà vraiment sur le marché.
Après les passoires énergétiques, les bouilloires thermiques. L’expression s’impose cet été, alors que la moitié du parc immobilier français serait mal armé contre la chaleur, selon une étude du bureau Pouget Consultants pour l’alliance industrielle Ignes. Sur le terrain, pourtant, les professionnels ne voient pas encore la situation évoluer . « Lorsqu’on parle de canicule, on parle de quelques jours, voire deux ou trois semaines dans l’année. Aujourd’hui, en agence, on ne nous interpelle pas sur la climatisation d’un logement », constate Yann Jéhanno, président du réseau Laforêt et de ses 720 agences.
Les enquêtes racontent une autre histoire. Selon un sondage Ipsos BVA réalisé en avril pour le promoteur Bouygues Immobilier, 57 % des acquéreurs placent déjà la résistance d’un logement aux canicules parmi leurs critères de choix, et un cinquième envisagerait de déménager vers une région plus fraîche. L’écart entre les intentions déclarées et les comportements observés saute aux yeux. « Si on visite quand il fait 40 degrés à Paris ou à Lyon, évidemment, on se rend compte de la qualité d’un logement », nuance le dirigeant.
En vingt ans, le diagnostic de performance énergétique a durablement modifié le regard des Français sur le logement. « Il n’y a pas un Français aujourd’hui qui ne soit pas informé du DPE, qui n’ait pas compris que quand c’est vert, c’est bien, et quand c’est rouge, ce n’est pas bien », résume Yann Jéhanno. Le critère s’est invité à la table des négociations au même titre que la présence d’un ascenseur, mesurant le coût d’exploitation autant que la valeur du bien.
Cet outil souffre pourtant d’un angle mort. Conçu pour l’hiver, le DPE ignore le confort d’été, si bien qu’un logement très isolé peut virer à l’étuve dès juin. Jusqu’à 30 % des logements classés A seraient concernés selon la même étude, et le ministre du Logement Vincent Jeanbrun évoque plus d’un logement sur trois.
Un paradoxe verrouille le système. Installer une climatisation améliore le confort mais alourdit la consommation, donc dégrade la note du diagnostic. « On a une volonté d’être très écolo, de consommer le moins possible, et là on est en train de rajouter des équipements qui vont augmenter la consommation des logements », relève Yann Jéhanno. Les spécialistes du bâtiment plaident pour les protections solaires extérieures et les brasseurs d’air, moins gourmands, avant tout recours à la climatisation.
Le signal le plus net vient du coût de détention, pas du thermomètre. Chez Laforêt, la demande de maisons a reculé de 4,7 % au premier semestre, quand celle des appartements progressait légèrement. Les logements classés F ou G subissent des décotes systématiques, et la négociation dépasse parfois 15 % sur les grandes maisons à rénover. Certains acheteurs y voient une aubaine. « Ils se tournent vers les logements les plus énergivores, parce qu’ils sont mis sur le marché un peu moins chers », observe le dirigeant.
La copropriété demeure le verrou principal. Entre l’accord de l’assemblée, l’avis des architectes des bâtiments de France et les tensions de voisinage, climatiser un immeuble relève du parcours du combattant. « Même si vous avez les moyens d’installer la clim, si votre voisin ne les a pas va, il va vous mettre des bâtons dans les roues », décrit Yann Jéhanno. Le gouvernement a assoupli les règles en juin, avec un vote à la majorité simple pour les rénovations d’ampleur et une TVA réduite sur les pompes à chaleur réversibles.
Là où la chaleur pèse déjà, c’est sur la résidence secondaire et sur la résidence que l’on se choisit pour passer sa retraite. Les retraités qui peuplaient le sud-est glissent vers l’Atlantique, fuyant autant les canicules que les pluies torrentielles sur des sols bétonnés. La montagne suit la même pente, portée par un tourisme d’été et des lacs devenus refuges. « Entre terre et mer, à trente ou quarante kilomètres des côtes bretonnes, il y a encore des marchés attractifs », glisse le président de Laforêt, qui cite aussi les abords des lacs alpins.
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