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Dans la soirée du jeudi 25 janvier, « Sud Ouest » s’est invité sur le point de blocage du Caloy, près de l’A 65, qui était tenu par les agriculteurs en colère depuis mercredi. Avec la nuit, les échanges sont propices. Des grands maux aux petites confidences
Le silence et la nuit. Une ambiance inhabituelle à proximité de l’échangeur du Caloy, à Gaillères, près de Mont-de-Marsan, plus habitué aux va-et-vient des véhicules qui empruntent quotidiennement l’A 65. La lune ronde, dont la clarté donne du relief à tous les alentours, éclaire faiblement la route. Juste ce qu’il faut pour se frayer un chemin jusqu’au campement qu’ont dressé les agriculteurs depuis mercredi dernier.
Nous sommes jeudi 25 janvier, la trotteuse vient de passer les 20 heures. Environ 300 mètres séparent l’aire de covoiturage, le long de la RD 933N, de leur siège, derrière les barrières de péages. Au fil des pas, les premières silhouettes apparaissent autour des braseros allumés.
Il y a du monde : ils sont plus d’une centaine ce soir-là. Hommes et femmes, apprentis ou jeunes agriculteurs, quelques plus anciens aussi. Des maires ruraux sont aussi venus prendre le pouls de la profession.
Rillettes au foie gras, omelette aux lardons, tarte aux pommes maison. Sans oublier le petit bout de fromage. Voilà pour la collation du soir. Forcément, il faut tenir. Depuis mercredi matin, ils tiennent le siège de cette entrée d’autoroute, obligeant les conducteurs et chauffeurs routiers a emprunté des déviations. « Je le dis aux plus jeunes, on n’a jamais connu dans les Landes trois jours consécutifs de manifestation. C’est historique ! », note Pierre Adrien, des Jeunes Agriculteurs, qui a pris la parole au cours d’un discours improvisé sur palettes.
Vendredi après-midi, comme ils s’y étaient engagés, ils ont levé le camp – avant même les annonces du Premier ministre – pour un ultime baroud d’honneur dans le centre-ville de Mont-de-Marsan (lire par ailleurs). « On a des familles, des enfants. Il est important de se ressourcer. Surtout après ces trois journées. Et puis, on a un métier, aussi. On ne peut pas rester 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 sur le blocage. Mais ne vous inquiétez pas, on va maintenir la pression dès la semaine prochaine. Vous savez, mes collègues ont de l’imagination », sourit Marie-Hélène Cazaubon.
La présidente de la Chambre d’agriculture des Landes est auprès des siens. Comme à une veillée d’antan, autour du feu, on discute par petits groupes. Les plus jeunes regardent les vidéos de la Coordination rurale, à Agen, sur leurs téléphones. D’autres discutent le bout de gras, une bouteille de bière à la main. Ici, on parle des médias. Là, du gouvernement. Plus loin encore, on prend des nouvelles de la ferme d’un collègue. De ses problèmes actuels ou à venir.
« Ici, dans les Landes, on a nos propres difficultés. On surveille attentivement la décision de la préfecture autour des Autorisations uniques pluriannuelles de prélèvement en eau (AUP) afin d’avoir les mêmes niveaux qu’en 2022. On surveille aussi la MHE (Maladie hémorragique épizootique), dont on ne mesure pas encore tous les impacts financiers réels. Il y a bien sûr le volet financier, mais il y a aussi les normes administratives et ça, ça ne coûte rien à défaire. Un seul exemple, sur les dates d’épandage : l’administration nous impose de démarrer le 15 février. C’est uniformisé sur toutes les régions, sans prendre en compte les spécificités du climat. Nous, on pourrait déjà démarrer. Sur le papier tout fonctionne, mais nous travaillons avec d’autres réalités. Pour nous, ces normes, c’est une plaie ! »
Une nouvelle nuit démarre. Les températures, relativement douces, arrangent quelque peu l’ambiance. Au fil de la soirée, le groupe va s’étioler. Ne resteront que celles et ceux désignés pour garder le campement. « On entretient le feu, on joue à la belote, on se raconte des histoires. Hier, on s’est même fait une omelette vers 4 heures du matin pour tenir bon. On se relaie et certains vont dormir dans leurs voitures ou leurs tracteurs », explique Aurélien Cabé, des JA 40.
Lui n’a dormi qu’une heure sur les dernières 24 heures. Les traits tirés, il garde le sourire. Ces 72 heures de combat ont compté pour les agriculteurs. « Cela nous a apporté beaucoup de réconfort, et ça permet de ne pas ruminer seul dans son coin. Quand on reste dans nos fermes, on se renferme. »
Surtout, il a pu constater la générosité de beaucoup de Landais. « Un habitant de Gaillères est venu nous apporter des croissants l’autre matin. On a aussi des salariés d’une concession automobile qui ont apporté ventrèches et saucisses pour le barbecue. Le Rucher de Claron nous a offert le petit-déjeuner et la Fédération départementale des chasseurs doit nous apporter le repas de demain midi (vendredi midi, NDLR). Les gens sont plutôt solidaires de notre combat, on n’a eu que deux ou trois récalcitrants. »
Vendredi, en fin de journée, les agriculteurs landais attendaient les annonces du Premier ministre. Ils espèrent. « Si ça ne va pas dans le bon sens, on sera de nouveau présents lundi ».
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