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« Cet été, il y a eu moins de fêtes », constate René Vestri, maire depuis 30 ans de Saint-Jean Cap-Ferrat, 2 200 habitants. L’édile a pourtant assisté à des soirées fastueuses, comme celle d’un propriétaire tchétchène arrivant du ciel suspendu à une grue en jouant du tambour.
Attention, ce n’est pas Saint-Tropez. A Saint-Jean, refuge des grandes fortunes industrielles, on cultive la discrétion derrière des portails infranchissables.
Les nouveaux arrivants russes, ukrainiens ou kazakhs du « Cap » s’aventurent rarement dans le village commerçant plus modeste, autour du port. « C’est étanche, ils sont toujours entourés de gardes du corps », décrit le maire.
Cette langue de terre – proche de l’aéroport de Nice pour poser son jet privé – forme un havre de verdure non constructible malgré l’immensité de certaines propriétés. « Acheter ici, c’est comme mettre de l’argent dans un coffre : une valeur sûre », vante Cyrille Jalon, de la branche immobilière de Sotheby’s.
Mille personnes travaillent en permanence sur les villas, parfois faites et refaites sans être habitées. Une maison sans vue sur la mer atteint quatre millions d’euros ; une belle villa face à la Méditerranée 20 à 30 millions ; une propriété d’exception, le double.
« Avec un client russe, j’ai fait le tour de la Côte d’Azur en une semaine, en passant par Cap d’Antibes, Mougins et Saint-Tropez. Finalement, il veut exclusivement Saint-Jean-Cap-Ferrat », raconte M. Jalon. « C’est un mythe ici, la demande est constante, même si les acheteurs réfléchissent maintenant plus longtemps », confirme Barbara Cochran, conseillère pour le réseau international Engel & Völkers. « Le problème, c’est qu’il y a des villas sans vue sur la mer », regrette cette Néo-Zélandaise multilingue, assistée par une réceptionniste russe, en commentant deux fiches de villas à 22 millions d’euros. « J’ai un nouveau client qui cherche avec un budget de 182 millions », confie-t-elle, l’œil gourmand.
La Villa Leopolda, qui domine la presqu’île depuis Villefranche-sur-mer, avait été vendue en 2008 par la veuve du banquier Edmond Safra au prix record de 370 millions d’euros, à l’oligarque russe Mikhaïl Prokhorov (qui se désista et perdit 39 millions d’arrhes).
A de tels tarifs, la concurrence est âpre entre agences immobilières. Un milliardaire ne passe pas la porte spontanément : il faut aller le chercher via ses « réseaux », papillonner dans les yachts-shows, les cocktails des banques monégasques et les présentations de joailliers. Il faut voyager, à Londres, Moscou, New York ou Hong Kong, aller aux ventes aux enchères.
« Les Français vendent, ils n’arrivent plus à payer l’impôt sur la fortune. Tous les jours, ils sont sous la pression des Russes », regrette M. Vestri. Son pire cauchemar serait une ville fantôme l’hiver, sans école primaire, sans commerces.
Heureusement, la taxe communale sur les ventes et dix ans de flambée immobilière génèrent 20 millions d’excédent annuel. Quelque 150 appartements ont été préemptés par la municipalité pour en faire des logements sociaux.