Conséquence du réchauffement de la planète, l’érosion côtière sévit sur les communes du littoral, menaçant les habitations à proximité. Pour autant, les prix des biens continuent de grimper, l’attrait de la vue sur la mer prenant le dessus sur les risques liés à ce phénomène climatique.
Millimètre par millimètre, la montée des eaux grapille des bouts de terres, et les logements qui vont avec. D’ici à 2100, ce sont 5 000 à 50 000 logements qui pourraient être menacés par le recul du trait de côte, à cause des submersions marines ou de l’érosion côtière, deux phénomènes liés à la montée des eaux. D’après le Cerema (le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement), cette fourchette de biens représente une valeur immobilière estimée entre 800 millions et 8 milliards d’euros.
« On parle de phénomènes qui concernent huit millions de Français qui vivent sur le littoral », résume Yannick Moreau, président de l’Association nationale des élus du littoral (Anel) et maire (LR) des Sables-d’Olonne, en Vendée. L’érosion côtière préoccupe particulièrement l’élu. En mai 2022, 126 communes ont été classées comme devant s’adapter prioritairement au recul du trait de côte. « À l’échelle nationale, nous estimons plutôt ce chiffre à 400 villes sur les 1 200 du littoral », avance Yannick Moreau.
Malgré l’aggravation de l’érosion année après année, le prix de l’immobilier dans les villes concernées continue de grimper. En huit ans, la valeur des biens a augmenté de 20 % en moyenne dans les 126 communes officiellement classées, d’après l’étude de l’Association des villes et villages où il fait bon vivre , réalisée pour le JDD. S’il est impossible de mesurer finement l’évolution des prix uniquement pour les biens situés le long des côtes – la faute à un nombre trop faible de transactions –, les acteurs locaux constatent que les maisons et appartements localisés à quelques mètres des côtes ne perdent pas de leur valeur, loin de là.
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« Les prix ne baissent pas car la vue mer est toujours un fantasme pour nombre d’acquéreurs, constate Lionel Vépierre, responsable de l’agence As Immobilier, à Dieppe. Un bien en bord de mer coûtera 30 % plus cher qu’en ville. » Dans cette commune de Seine-Maritime, les prix ont grimpé de près de 21 % en trois ans d’après notre étude. Et le phénomène est identique quelles que soient les régions. Pourtant, les conséquences sont inéluctables. « Je refuse de reprendre certaines maisons à quinze mètres de la mer car je sais qu’elles seront condamnées dans quelques années. Il y a des éboulements terribles dans ces zones-là », souligne Lionel Vépierre.
« Les risques [de l’érosion] augmentent mais les prix aussi, c’est une aberration, déplore de son côté Erwan Fontaine, mandataire immobilier au sein du réseau Safti à Plougonvelin (Finistère). Une maison de taille équivalente vaudra un million d’euros en bord de mer contre 350 000 euros si on s’éloigne de 500 mètres. » Et avec une demande qui ne faiblit pas face à une offre très limitée en biens, l’augmentation des prix ne fléchit pas.
Les risques augmentent mais les prix aussi, c’est une aberration
L’attrait pour la vue sur les houles de l’océan Atlantique ou de la mer Méditerranée prend ainsi largement le dessus sur les effets de l’érosion côtière, qui sont encore peu visibles pour les habitants, malgré quelques exemples marquants. Le plus célèbre étant l’immeuble Signal, à Soulac-sur-Mer (Gironde), désormais inhabitable et qui va être détruit prochainement, nécessitant d’indemniser les occupants de ces 78 logements.
Pas assez pour décourager les acquéreurs la plupart du temps. « Je n’ai jamais entendu quelqu’un me dire qu’il ne souhaitait pas acheter un logement trop près d’une falaise », remarque Thierry Dian Flon, directeur de cinq agences Guy Hoquet dans le Pays basque, également concerné par le changement climatique. « Les gens n’ont pas conscience des dangers, ils ne me demandent pas quels peuvent être les risques », regrette Erwan Fontaine.
D’autres commencent à observer un changement de perception, même s’il reste limité. C’est le cas d’Albert Emily, mandataire immobilier du réseau Iad à Plouescat (Finistère) et aux alentours : « On sent que les potentiels acquéreurs ne cherchent plus à avoir les pieds dans l’eau, ils veulent avoir un certain recul. Alors qu’au début des années 2000, c’était l’inverse. »
Même constat pour sa consœur Cécile Huet, mandataire à Locmaria-Plouzané (Finistère) : « Certains biens en première ligne du front de mer ont du mal à partir. Le prix d’une maison à la vente a baissé de 200 000 euros et elle n’est toujours pas partie. » La professionnelle constate également des actions prises par les communes, comme l’interdiction de construire des piscines dans certaines zones pour éviter l’affaissement des sols et limiter l’accélération de l’érosion.
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La prise de conscience devrait se faire à marche forcée, à coup de nouvelles réglementations. Ainsi, à partir du 1er janvier 2023, les annonces immobilières devront mentionner explicitement si un logement à vendre ou à louer est exposé au recul du trait de côte. Les vendeurs et les bailleurs devront également transmettre un état des risques de moins de six mois lors de la visite du logement.
Les collectivités locales doivent de leurs côtés agir pour protéger les habitations des effets du réchauffement climatique. Depuis la loi climat et résilience de 2021, ce sont les communes, et non plus l’État, qui sont responsables des mesures à prendre pour limiter l’érosion côtière. Les 126 communes classées doivent réaliser des cartographies pour représenter les zones qui seront prochainement touchées par la dégradation des côtes. « Cette obligation va nécessairement mener à une dépréciation de la valeur immobilière des biens concernés, ce qui va créer du mécontentement chez les propriétaires concernés, prévoit Yannick Moreau, le président de l’Anel. S’il y aura probablement une tendance à la baisse le long des côtes, l’augmentation des prix risque cependant de se reporter dans le centre de nos communes. » Les prix dans les villes côtières ne sont pas près de décroître.
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