L’acquisition du Centre réformé de Charmey par un promoteur privé suscite l’émoi dans le milieu
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Charles Grandjean
8 juillet 2026 à 15:54, mis à jour à 18:51
Temps de lecture : 5 min
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Lieu de rassemblement, il est devenu pomme de discorde. Sa vente a même tourné au vinaigre. Le Centre réformé de Charmey est désormais propriété de Sapco. Une société immobilière qui n’a pas manifesté d’intérêt au maintien de la vocation du lieu (lire ci-dessous).
Cette issue, des fidèles de l’Eglise évangélique réformée fribourgeoise (EERF), qui a érigé en 1972 ce complexe pour la jeunesse, peinent à la digérer. «Nous sommes écœurés», déclare l’avocat Adrien de Steiger, président du conseil de fondation du Centre réformé de 2022 à 2025, joint par La Liberté.
L’équipe qu’il a dirigée bénévolement a développé durant deux ans un projet de réhabilitation du site en partenariat avec Ubic Group – société qui exerce le mandat de direction de Télécharmey. Un projet imaginé pour pérenniser un complexe vieillissant, aux finances plombées par le Covid, et que les précédents membres du conseil de fondation s’étaient résolus à fermer.
Selon la présentation faite au synode (législatif de l’EERF), Ubic s’engageait à mettre en œuvre ce projet en réalisant un permis de construire en force depuis début 2025. La fondation et Ubic s’étaient accordés sur un prix de vente: 820 000 fr.
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Le synode aurait disposé d’un crédit annuel d’utilisation de 10 000 fr. sur 15 ans, que l’Eglise aurait pu faire valoir dans le cadre de locations du complexe exploité par Ubic. La chapelle aurait été préservée, mais déplacée.
Mai 2025, les feux semblent au vert. Le synode renonce à faire valoir son droit de préemption sur la vente, malgré une tentative de renvoyer l’objet par la paroisse de Fribourg.
Son représentant, l’ingénieur Walter Schoop, estime que ce bien sur une parcelle de 5439 m2 en zone représente «quasiment un filon d’or», selon le PV de l’assemblée du 27 mai 2025. «Il n’est pas clair dans quel but ou à qui le centre est vendu», pointe-t-il.
Soulignant qu’il est du métier, l’argentier de la paroisse de Fribourg dit être parvenu «à la conclusion, avec quelques amis spécialistes, que le centre pourrait avoir une valeur de plus de 4 millions de francs en cas d’exercice du droit de préemption.»
Irrité, un représentant de la paroisse de Bulle-La Gruyère suggère à la paroisse de Fribourg qu’elle achète elle-même le centre «si elle estime qu’il s’agit d’un filon d’or.» La demande de renvoi est balayée.
Dans la foulée, le Conseil synodal (exécutif de l’EERF) autorise la vente. «Nous avions rendez-vous chez le notaire», se souvient Adrien de Steiger.
Sauf que la paroisse de Fribourg fait recours (selon le droit ecclésial) auprès de la commission du même nom. «Ce rebondissement nous a bien accaparés», confie Pierre-Philippe Blaser, président du Conseil synodal.
Contacté pour aborder la question du Centre réformé, le président de la paroisse de Fribourg Axel Loup nous renvoie vers son vice-président: Paul-Albert Nobs, en charge du dicastère des immeubles. L’ex-patron de Cremo nous redirige à son tour vers Pierre-Philippe Blaser pour des explications sur le motif du recours.
«La paroisse de Fribourg estimait que le prix de vente était sous-évalué et que l’on fragilisait ainsi les intérêts de l’Eglise», rapporte le président du Conseil synodal.
En tout état de cause, la transaction capote. Ubic Group se retire de la vente quelque temps après le recours. «Quand les planètes ne s’alignent pas, rien ne sert d’aller contre», justifie Claude Gendre.
Le directeur d’Ubic ajoute: «Si nous nous étions lancés dans ce projet, ce n’était pas dans un objectif d’enrichissement de la société, mais parce qu’il entrait en cohérence avec notre positionnement dans les activités touristiques et de loisirs.»
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Dans la foulée, le conseil de fondation démissionne en bloc. «Nous soutenions que le but de la fondation n’était pas de faire de l’argent», s’explique Adrien de Steiger.
Une nouvelle équipe entre en jeu en novembre 2025. «L’Eglise cantonale a demandé à la paroisse de Fribourg de se débrouiller pour reconstituer un conseil de fondation. Ma compagne étant membre du Conseil de paroisse de Fribourg, j’ai été approché par Madame Anne-Elisabeth Nobs (épouse de Paul-Albert Nobs, ndlr), membre du Conseil synodal, qui m’a demandé pour siéger avec elle et deux autres personnes au sein du nouveau Conseil», explique Jean-Daniel Wicht, qui a succédé à Adrien de Steiger au poste de président du conseil de fondation.
La fondation est alors en déficit de paiement. «L’ORS avait renoncé en 2025 à poursuivre la location (pour loger des réfugiés ukrainiens, ndlr), qui permettait au centre de dégager un léger bénéfice. Les frais d’électricité, de chauffage et de l’entretien courant représentaient une charge d’environ 100 000 francs par an», développe l’ex-directeur de la Fédération fribourgeoise des entrepreneurs. Le temps presse.
La paroisse de Fribourg accorde alors un prêt de 120 000 fr. au conseil de fondation pour régler jusqu’à fin 2025 dépenses courantes et factures en suspens. «Sinon, nous aurions dû déposer le bilan», précise Jean-Daniel Wicht.
Il se trouve que l’ancien Conseil avait reçu une offre de Sapco, mais ne l’avait pas considérée. «Nous n’avons reçu l’offre que le 1er octobre 2025. Nous n’étions pas du tout dans l’optique de vendre sans avoir un espoir réaliste que les buts de la fondation soient perpétués», se défend Adrien de Steiger.
Le nouveau Conseil prend langue avec Sapco dont l’offre court jusqu’à fin octobre. «Nous avons obtenu une prolongation de celle-ci jusqu’à fin novembre», note Jean-Daniel Wicht.
La vente avec Sapco est conclue le 30 décembre. Selon des sources concordantes, le montant de la vente s’établirait aux alentours de 1,2 mio.
«La vente laisse environ un demi-million de francs pour l’avenir de la fondation», articule Jean-Daniel Wicht. «Est-ce que le bénéfice servira pour des activités des paroisses réformées? Pour la formation de leurs pasteurs? Il reste maintenant à régler quelques détails et à définir les nouveaux buts de la fondation qui devront être approuvés par l’Autorité de surveillance des fondations.»
«Si la paroisse de Fribourg n’avait pas fait opposition à la vente à Ubic, il ne serait resté que 15 000 francs à la fondation», compare Jean-Daniel Wicht.
Cette approche ne passe pas chez Adrien de Steiger. «Nous avons vraiment l’impression que l’on a bafoué les valeurs et la mission d’accueil de la fondation en vendant le site à un promoteur plutôt qu’en s’assurant de sa pérennité», fustige l’avocat.
Actuel président du conseil de fondation du Centre réformé, Jean-Daniel Wicht dit comprendre qu’il y ait de l’amertume pour l’ancien conseil de fondation. Mais nuance: «L’état du centre était devenu précaire. Le projet de rénovation était justifié mais trop ambitieux n’obtenant pas les prêts bancaires nécessaires. Les paroisses auraient dû soutenir le financement du projet à hauteur de 2,5 millions. Elles ont dit non! Un magnifique projet, mais on est à Charmey pas à Zermatt!»
«C’est archi faux!» réplique Adrien de Steiger. «Nous avions établi plusieurs variantes pour l’avenir du site, dont une prévoyait une contribution des paroisses. Mais nous ne sommes jamais partis sur cette piste qui a été enterrée dans l’œuf, justement parce que les paroisses avaient clairement dit non.»
Une certitude: l’EERF a perdu toute garantie sur l’avenir du site. «Nous n’avons pas repris le projet mis à l’enquête par d’autres intéressés et n’entendons pas le mettre en œuvre», indique Jacques Stephan, président de Sapco. «Nous n’avons pas d’intention définie à ce jour», poursuit cet homme qui siège par ailleurs au conseil de fondation de l’Ecole réformée de Fribourg que préside Paul-Albert Nobs.
CG
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De nouvelles discussions ont eu lieu ce mercredi entre la société éditrice de La Liberté, La Gruyère et La Broye Hebdo et la société des rédacteurs. Les quinze licenciements annoncés lundi sont maintenus.
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