Quelques cadeaux de Noël entassés pendant les fêtes de fin d'année. – Flickr – CC Commons – K Servant
Offrir de la seconde main à Noël, Sandra Schmitt n’y aurait pas pensé d’elle-même. Ce sont ses filles âgées d’une vingtaine d’années qui l’ont convertie il y a quatre ans, en lui proposant de piocher dans la liste de vêtements qu’elles avaient repéré à bon prix pour Noël sur la plateforme de seconde main Vinted.
Le budget des Français pour Noël reste si serré, selon une étude CSA Research pour Cofidis publiée début décembre, que près de 80% d’entre eux prévoient de faire attentation au prix de leurs cadeaux. Un quart d’entre eux envisage même, à l’image de Sandra Schmitt, de se tourner vers la seconde main cet hiver.
Sandra Schmitt se souvient à quel point sa fille était heureuse de découvrir plusieurs pulls et chemisiers d’une marque de prêt-à-porter haut-de-gamme sous le sapin, que sa mère a pu lui offrir pour le prix d’une seule pièce neuve. « Elle aime les belles matières et les produits de qualité mais elle savait bien que je n’avais pas un budget extensible ».
« Au début j’étais un peu réticente car j’avais l’impression qu’en tant que parent, ça allait dévaluer mon cadeau », confie cette Alsacienne de 51 ans, gérante d’un gîte en Alsace. « C’est ma fille de 23 ans qui m’a fait déculpabiliser en me rappelant que c’était la démarche qui était importante et qu’au final, on se fichait un peu de la valeur marchande de l’objet ».
La quinquagénaire se réjouit d’avoir développé cette conscience à la fois écologique et économique ces dernières années, et de l’avoir instauré comme nouvelle logique de fonctionnement familial. « C’est devenu un réflexe pour nous tous, presque un jeu, avant même d’aller en boutique! », se targue la mère de famille.
« C’est une volonté de ne plus acheter bêtement: un mélange entre conscience écologique et bon sens économique », explique Sandra Schmitt. Même si elle n’est pas à plaindre financièrement, elle préfère éviter de payer plein pot lorsqu’elle peut trouver ce qu’elle cherche à moitié prix, tout en donnant une seconde vie aux objets.
Par ailleurs, l’Alsacienne assure ne pas sacrifier sur la qualité ni l’état des produits. Avec humour, elle tient aussi à lever toute ambiguïté:
Pour éviter les arnaques et mauvaises surprises, elle préconise de « bien faire sa sélection au préalable ». Jusqu’alors, ce qu’elle a reçu était « en parfait état, certains pulls avaient même encore l’étiquette! », se réjouit la quinquagénaire, qui désormais ne jure plus que par ça pour les fêtes de fin d’année.
Début décembre, elle s’est ainsi mise en quête, sur Vinted, d’une veste bombers pour son cadet de 16 ans. « Il me parlait d’une veste à 300 euros, mais hors de question de mettre un prix pareil, aussi belle soit-elle », explique-t-elle. Elle poursuit ses recherches: « J’essaie d’en trouver une d’occasion, mais pour l’instant, je n’ai pas encore trouvé. »
Elle admet ainsi que le recours à la seconde main requiert « davantage de temps, d’investissement et de patience ».
Une remarque que ne risque pas de démentir Adeline, qui n’est pourtant plus à convaincre de la commodité de la seconde main. Maroquinerie, foulards, bijoux, manteaux… Cette créatrice de contenus spécialisée dans la seconde main, âgée de 34 ans, chine tout au long de l’année dans la région lilloise. Ainsi? elle a pris l’habitude de mettre de côté les pépites qu’elle trouve pour ses proches en vue du mois de décembre. Et depuis quatre ans, elle n’hésite plus à offrir à ses proches des cadeaux de Noël d’occasion.
Cette année, par exemple, elle a trouvé un foulard Dior d’occasion en fripes pour sa meilleure amie pour une cinquantaine d’euros. « Ça m’aurait coûté 10 à 15 fois plus cher neuf. Et elle a une pièce unique, que personne n’aura car on ne la voit pas partout. »
Elle apprécie également l’aspect plus personnel et sentimental de la seconde main. « Ce qui est sympa, c’est qu’on achète en pensant à quelqu’un en particulier », explique-t-elle. « On cherche vraiment quelque chose qui reflète son style, sa personnalité, ses goûts. On y met du temps, on chine, on compare… et quand on finit par trouver la pièce qui correspond parfaitement, c’est une vraie satisfaction personnelle. On a l’impression d’offrir un cadeau qui a du sens, pas juste un objet ».
Elle ajoute que pour les cadeaux électroniques comme les consoles ou autres appareils, il existe aujourd’hui « de nombreux sites qui proposent des garanties, comme Easy Cash ou Back Market. « Ça permet de passer le cap, pour les plus sceptiques! », plaisante la créatrice de contenus, habituée à recevoir des critiques d’internautes étonnés par la démarche d’offrir des cadeaux d’occasion pour les fêtes de Noël.
Si beaucoup de ses abonnés adhèrent à son idée, elle note que d’autres se montrent plus sceptiques. « J’ai des commentaires de gens qui n’oseraient jamais offrir de la seconde main, par peur que les autres se moquent ou pensent que c’est sale. C’est surtout de la peur, pas autre chose », analyse-t-elle. Selon elle, tout est une question d’éducation et de normalisation: « À force d’en parler, peut-être que les gens oseront davantage ».
Pas si simple de franchir le cap. Pour Ornella Cavallero, une assistante maternelle du Var, « les cadeaux de Noël sont forcément neufs, non ouverts et dans leurs emballages d’origine », tranche-t-elle.
« C’est un choix, chacun est libre de faire comme il l’entend », explique la mère de famille de 31 ans qui pointe derrière ce choix sans doute le poids de son expérience familiale. Chez elle, le recyclage de jouets à Noël n’existait pas. Elle pointe aussi le regard des autres et les critiques possibles: « Même une simple question d’un enfant, comme ‘Pourquoi ce jouet ne fonctionne pas?’, peut mettre mal à l’aise ».
Pour elle, un cadeau qui n’est pas flambant neuf peut « enlever quelque chose à la magie de Noël »: « Rien que l’emballage abîmé me rebute. L’enfant peut se poser des questions sur l’histoire du Père Noël. Et il y a toujours l’appréhension que le cadeau soit sale, incomplet, en panne ou moins durable… Je ne voudrais pas générer de déception ou de frustration dans un moment qu’ils attendent tant. »
Ainsi, puisqu’elle s’est toujours efforcée de n’offrir que des cadeaux neufs, Ornella admet qu’elle n’apprécierait pas forcément de recevoir de la seconde main: « Je verrais un peu ça comme un manque de considération ».
Des préjugés et barrières psychologiques que les Français sont de plus en plus nombreux à laisser derrière eux, comme le constate la créatrice de contenus spécialisée dans la seconde main. Ces deux dernièrs années, la jeune femme voit sa communauté fleurir en ligne: « Je vois que mes contenus ont encore plus d’impact qu’il y a 4-5 ans. Ces deux dernières années, ça a vraiment pris un tournant puisque ma communauté a presque triplé, nous sommes maintenant 194 000 abonnés sur Instagram. »
Ce recours à la seconde main s’explique évidemment aussi par la crise économique. « Les gens consacrent beaucoup moins d’argent aux achats secondaires et aux plaisirs, qui passent toujours en dernier », explique-t-elle.
Pour autant, la seconde main permet de se faire plaisir tout en dénichant des pièces de qualité, parfois exceptionnelles à des prix introuvables ailleurs. « Tout est lavé et soigneusement emballé: bien souvent, les gens ne se rendent même pas compte que c’est de la seconde main ».
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