Une pétition qui recueille plus de 1.000 signatures, un article virulent dans le journal catholique Tribune chrétienne et des discussions qui n’aboutissent toujours pas entre l’évêque Monseigneur Touvet et les ouailles de l’église Saint-Vincent-de-Paul. « L’affaire » qui agite en ce moment la paroisse du même nom, dite aussi Montéty en référence à son quartier, n’est pas banale dans le petit monde habituellement feutré du diocèse.
On résume. Les bâtiments entourant cette église située le long de la voie ferrée, boulevard du Commandant Nicolas, sont en très mauvais état. La paroisse souhaiterait les faire rénover pour les besoins de sa pastorale, mais le diocèse, propriétaire des fameux immeubles, assure ne pas avoir les moyens de mettre les deux millions d’euros estimés du chantier. À la place, celui-ci propose notamment d’en vendre une partie à un bailleur social pour financer la remise en état du reste.
« Ce serait une immense perte pour la paroisse, et irait à l’encontre de tout ce que nous, paroissiens, sommes en train de construire ici », explique cependant la pétition.
Et d’insister : « Montéty renaît et un nouveau souffle de vie imprègne ses murs. En moins de trois ans son visage s’est transformé. Désormais, l’église est pleine tous les dimanches soir ! (…) Nous avons besoin de valoriser notre patrimoine et non de nous en débarrasser. »
Un tel projet immobilier n’est pas inédit sur ces 3 000 m2 de parcelle à fort potentiel, dans un quartier profondément renouvelé ces dernières années. Par le passé, la vente de l’église elle-même, défraîchie, avait été étudiée par les autorités religieuses.
Une option à laquelle s’est « opposé » Monseigneur Touvet dès son arrivée à l’évêché, début 2025, préférant, dit-il, « en faire le lieu de la pastorale des étudiants et jeunes professionnels. »
Cette orientation est portée le père Pierre-Edouard Caussin. Depuis son arrivée à Saint-Vincent-de-Paul il y a quatre ans, le prêtre est parvenu à redonner du dynamisme à la paroisse vieillissante de l’ancienne cité ouvrière. « J’aime ce quartier et l’esprit de son fondateur, Paulin de Montéty », confie l’homme de 38 ans. « Mon objectif est de servir les pauvres et de faire de la paroisse une maison de la jeunesse, un véritable lieu de vie. » Sur le projet immobilier qui fait tant de bruit, et qu’il ne soutient pas, le père Caussin ne souhaite en revanche guère s’étendre, et éviter ainsi de nourrir la polémique.
Car du côté de l’évêché, un tantinet gêné aux entournures par l’écho donné à toute cette histoire, on affirme que « rien n’est acté ». Mais également que les discussions avancent et qu’une issue est proche. « Il y a des points qui n’ont pas encore été éclaircis, des conditions qui méritent encore d’être discutées. Mais nous espérons y voir plus clair d’ici fin janvier », expose-t-on. Le devenir des jardins, prisés des habitués des lieux, serait notamment en suspens.
À cette heure, l’Église espère toujours pouvoir convaincre les paroissiens du bien-fondé de sa solution. À savoir, donc, « une vente partielle à un bailleur social, à hauteur d’un tiers de la parcelle, avec des exigences quant à son utilisation : logements prévus pour les prêtres et pour la pastorale des étudiants et jeunes pros, pension de famille. L’argent de cette vente permettrait de rénover, selon les besoins de la paroisse, les deux tiers des bâtiments restants ».
Quoi qu’il soit décidé au final – y compris une possible levée de fonds auprès des paroissiens pour qu’ils puissent mener progressivement leur projet de rénovation totale –, il faudra sans doute ensuite veiller à la réconciliation de toutes les parties. Mais de cela, le père Pierre-Edouard Caussin n’est pas plus inquiet que ça.
« Les apôtres Pierre et Paul aussi se sont querellés durement, ça fait partie de la vie de l’Église L’important est de parvenir à se retrouver ! » Ainsi soit-il.
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