EXCLUSIF – L’Etat a enfin vendu le superbe hôtel de Seignelay, ancien siège de ministères. Les acheteurs : Pierre Kosciusko-Morizet et Pierre Krings, cofondateurs de PriceMinister et business angels de renom. Le prix n’a pas été divulgué.
L’hôtel de Seignelay est l'une de ces demeures d’exception qui font l’aura de la Cité des lumières. Un joyau du XVIIIe, classé aux monuments historiques, construit en 1715 pour Charles de Seignelay, petit-fils de Colbert, le célèbre ministre de Louis XIV. Au 80 rue de Lille (dans le 7e arrondissement), il est situé dans le quartier huppé des ministères et ambassades, entre l’Assemblée nationale et le musée d’Orsay. Portail d’entrée monumental encadré de deux pavillons de garde donnant sur une cour pavée, façade en pierres de taille ornées de mascarons, l’élégant hôtel (3.000 mètres carrés sur cinq étages de l’entresol aux soupentes) affiche des décors intérieurs remarquables, dont un grand salon rocaille Louis XV et un boudoir Louis XVI classés. Surtout, luxe rare, il dispose d’un jardin de 1.200 mètres carrés, qui s’étend jusque sur les quais de Seine, avec vue sur le jardin des Tuileries en face… et, dans un coin, une stèle en mémoire de Coco, le dernier chien de la reine Marie-Antoinette, enterré là.
Propriété de l’Etat depuis 1945, l’hôtel de Seignelay a été le siège de nombreux ministères, dernièrement celui de l’Industrie. Mais, depuis une quinzaine d’années, la République, désargentée, vend à tout va ses palais parisiens. C’est ainsi que la belle demeure avait déjà été proposée à la vente en septembre 2008. Mais à l’époque, face aux premières polémiques sur une liquidation des "bijoux de famille", l’Etat proposait seulement un bail emphytéotique, pour une durée de 60 ou de 99 ans, à partir de 20 millions d’euros. Puis la crise financière est arrivée, le marché du super luxe s’est gelé et l’Etat a retiré le bien de la vente en novembre 2009… pour l’y remettre en décembre 2017. Après quasi un an de visites et de négociations, l’affaire a été conclue.
Et, surprise, pas au profit d’un émir du Moyen-Orient ou d’un oligarque russe. Selon nos informations, les acquéreurs sont deux têtes d’affiche du Web français, Pierre Kosciusko-Morizet et Pierre Krings, via leur holding personnelle Kernel Investissements. Ces jeunes quadras entrepreneurs ont cofondé le site de e-commerce PriceMinister, revendu, en 2010, pour 200 millions d’euros, au Japonais Rakuten, et se sont depuis mués en business angels actifs via ce fonds Kernel. Depuis dix ans, ils ont pris des tickets dans plus d’une centaine de start-up, dont les prometteuses Doctolib et Sigfox. Que viennent faire ces geeks dans ces vieux murs chargés d’histoire ? Le duo prévoirait des travaux sur plusieurs années pour en faire un lieu spécial dédié aux entrepreneurs, qui ne serait toutefois pas un incubateur.
Le prix d’achat n’a pas non plus été divulgué. Mais les transactions des quais de Seine, au niveau des 6e et 7e arrondissements, ont l’habitude de battre des records. En 2017, un appartement, situé dans un hôtel particulier du 17e siècle, quai Malaquais, était parti pour la bagatelle de 49.000 euros le mètre carré. En janvier, Sotheby’s Realty International a même annoncé avoir vendu un hôtel particulier, situé plus en retrait, à proximité des Invalides, au niveau faramineux de 52.000 euros.
Par David Bensoussan et Gaëlle Macke
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