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Louis Vassallucci, 36 ans au coeur de l’OM

Par Mario ALBANO
  Photo archives La Provence
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  Photo Frédéric Speich
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  Photo Bruno Souillard
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Il n’a jamais été une star. Mais il a marqué l’OM ces 36 dernières années par son efficacité, son ubiquité, sa grande connaissance des règlements, des officiels, sa capacité à résoudre des problèmes, sa gentillesse, son urbanité, alliées pourtant à un fort caractère. Samedi 21 mai, à l’occasion d’OM-Strasbourg, Louis Vassallucci a fait ses adieux à l’OM pour, comme le dit la formule, couler des jours heureux à la retraite. Le public l’a vu, pour une fois en vedette, donnant le coup d’envoi de la rencontre, mais c’est dans l’ombre qu’il a oeuvré, tout au long de sa brillante carrière.
Une carrière qui aurait pu le mener ailleurs, vu ses diplômes (maîtrise d’économie, diplôme de Sciences-Po) et sa capacité à changer de voie (il a aussi son diplôme d’agent et travaillé dans l’organisation de matches amicaux et de stage pour des équipes nationales). C’est avec un grand plaisir que nous l’avons écouté nous raconter quelques épisodes de sa carrière. Car elle raconte aussi nos vies, de 1986 à 2022.
“J’ai connu un final en apothéose. Le mercredi 18 mai au soir, je devais aller au restaurant avec ma femme et mes enfants et ils m’ont monté un bateau pour m’emmener à La Commanderie. Là, j’ai retrouvé tous les gens avec qui je travaillais à l’OM, de Pablo Longoria aux intendants. Une belle surprise, un buffet, une magnifique soirée, des vidéos de joueurs qui m’envoyaient des messages.
“Ensuite, il y a eu OM-Strasbourg, les officiels m’ont salué, Stéphanie Frappart m’a offert son maillot, le coup d’envoi avec mes enfants et ce scénario de fin de match. J’avais préparé un mémo pour le staff, expliquant le règlement mais ça leur était passé par-dessus la tête. C’est à 3-0 qu’il a fallu leur rappeler qu’avec 5-0, même si Monaco gagnait 2-1, on repassait devant. Mais avec le bruit, il y a eu un flou général, c’est la rumeur qui nous a alertés du score de Lens-Monaco. Sur le terrain, j’ai vécu un moment rarissime, digne des finales, ces moments que l’on aimerait vivre tout le temps dans le foot. On n’est plus nous-mêmes, mais dans une bulle de bonheur et d’effervescence. Rien ne compte, que l’allégresse. Vivre cela avec ma femme et mes enfants, c’est unique.”
“J’ai commencé par la gérance d’une entreprise de nettoyage de 1983 à 1985. Après mon départ, je montais une société de conciergerie et j’aidais un ami dont les parents étaient propriétaires du restau ‘Le Petit plat’ au rond-point du Prado. Un jour, Martine Aissani, une secrétaire de l’OM, qui venait boire un café nous raconte que Tapie arrive et que le club veut déléguer la gérance des buvettes et cherche du monde. Nous décidons d’aller proposer nos services. Nous arrivons au club où ne travaillaient que quatre personnes, dont Antonella (qu’il ne connaissait pas encore et qui est devenue sa femme depuis plus de trente ans). C’est le premier directeur, Michel Grisoli qui nous reçoit à la réception, on finit dans son bureau, on parle de mon parcours et là, il me dit ‘Petit, ça t’intéresserait la billetterie ?’ et me propose de m’occuper de la campagne d’abonnement 1986-87, dans les bars-tabacs. ‘Tu commences bénévolement et au bout d’un mois, si tout va bien, banco !’
Ça marche du feu de Dieu, je revois encore l’affiche avec Michel Hidalgo dessus, et au bout d’un mois, c’est Jean-Pierre Bernes qui me dit : ‘J’ai entendu parler de toi, nous avons fait Sciences-Po tous les deux, es-tu intéressé pour travailler avec moi dans l’organisation de la vie des nouveaux venus, les Papin, Förster ?’ Une sorte de conciergerie, qui était mon projet, trouver des maisons, des écoles, régler les problèmes administratifs. Un mois, deux mois, trois mois et toujours bénévole… Jusqu’à la trêve où Bernes vient me dire qu’il y a une tournée à Tahiti où il ne peut pas aller parce que sa femme va accoucher et que je serai le chef de délégation. Je lui réponds que c’est impossible, je n’ai aucune couverture sociale, aucun contrat. Et c’est là que j’ai fini par être embauché, le 1er janvier 1987. Fabuleux.
Après cela, Michel Hidalgo est venu me confier la gestion des loges. Je me suis retrouvé avec deux casquettes, une sportive et l’autre commerciale avec les 60 loges et les 22 boxes. Environ 1 000 places. Nous étions des précurseurs, seul le FC Nantes avait commencé à faire des loges.
Un jour, alors que j’étais dans les vestiaires, juste avant un match, mon assistante m’appelle pour me dire que les clients des loges refusent d’y entrer et veulent aller dans le grand salon pour marquer leur désapprobation. On leur avait promis des loges meublées, équipées de canapés et au bout de deux mois, elles étaient vides. Notre directeur général était en train de se faire bouger, j’en parle aussitôt à Tapie et je le convaincs de venir avec moi. En trois minutes, il retourne la situation leur promettant que je vais leur donner à chacun deux places de plus par loge, ce qui était assez compliqué, je me suis débrouillé avec des strapontins et des sièges hauts à l’intérieur.”
“En 1991, pour la finale à Bari, nous étions dans un hôtel, à Bisceglie, un peu enfermés. Mais nous avions tout prévu pour fêter la victoire. Ce qui ne nous a pas souri. Donc, en rentrant du match, j’ai prévenu le patron de l’hôtel que nous allions adopter un plan B, plus modeste, sans musiciens, sans fête. Jusque-là, j’étais son ami, parce que je parle italien, il était obséquieux, c’était des signore Vassalluccci par ci, par là. Mais là, il a cru qu’on n’allait pas payer ce qui était commandé, il a sorti un flingue qu’il a posé sur le comptoir. Heureusement, Jean-François Albertini s’en est chargé et tout est rentré dans l’ordre. Nous avons d’ailleurs payé ce qui avait été commandé, jamais il n’a été question de se défiler.
En 1993, Bernard Tapie ne voulait pas, par superstition, que l’on réserve l’hôtel avant. Une fois qualifié, je me suis retrouvé à Munich où tout était déjà pris par le Milan et l’UEFA. Nous visitons tout ce qu’on trouve en nous éloignant de la ville, y compris une propriété, dans la forêt, que nous avons prise pour un hôtel mais qui était privée et où nous avons été pris en chasse par des molosses, l’un d’entre eux mordant notre voyagiste à la cheville et lui arrachant le pantalon avant que nous puissions sauter le muret. Rudi Völler m’a alors aiguillé sur un hôtel où descendait l’équipe d’Allemagne, mais il ne convenait pas à notre cahier des charges, parce qu’il y avait des boutiques et d’autres clients. Le patron m’a proposé de faire monter un mur à nos frais, mais ça n’allait pas. Au moment de partir, en buvant un café, je trouve un prospectus qui traînait, avec un chalet bavarois et je demande de quoi il s’agit.
Le directeur m’explique que c’est une petite structure annexe avec 22 chambres, on va le voir et on décide de placer une partie du staff dans le bâtiment principal et de garder ce chalet pour l’équipe. Cela a donné cette atmosphère que tout le monde continue de louer depuis près de trente ans.
Ma récompense a été qu’après la finale, Jean-Pierre Bernes a dit : “On ne va pas confier la coupe à un joueur au risque de faire des jaloux. Ce sont donc Louis et Antonella qui vont la garder“. J’ai déplacé ma table de chevet au pied du lit et j’y ai posé la coupe aux grandes oreilles. Nous nous sommes endormis vers 6h du matin en regardant la coupe. Après, chacun l’a eue, elle a voyagé et il a fallu la faire un peu réparer, au prix d’une fortune avant d’en faire des répliques et de la rendre à l’UEFA.”
“Furiani reste une cicatrice. Avec Jean-Pierre, j’ai passé 48h à l’aéroport de Marignane, nous attendions les rapatriements et nous avertissions les familles. J’ai été impressionné par le dispositif médical, l’organisation. Tout m’est revenu le 5 mai quand nous avons affronté Feyenoord. Vraiment difficile.
“1993, c’est l’affaire VA-OM. La police est venue au siège alors que j’étais en stage à Font-Romeu. Mon épouse, Antonella, était censée détenir les clefs du coffre du bureau de Bernes, mais ne les avait pas, ils l’ont ouvert au chalumeau et n’ont pas trouvé les contrats qu’ils cherchaient. Ils ont donc perquisitionné chez nous et ont emmené ma femme à l’Évêché en garde à vue, jusqu’aux geôles. Je ne savais pas où était ma fille de 4 ans et je n’ai eu Anto qu’à 21h15 quand ils l’ont libérée. À Font-Romeu, la police avait emmené les joueurs dans douze voitures différentes pour être interrogés. De l’autre côté de la rue, il y avait le FC Nantes et Suaudeau avait dit aux journalistes : “La merde, c’est pas ici, c’est en face !”
Je savais que mon tour viendrait et je me suis préparé à ma garde à vue, sans n’avoir rien à me reprocher. J’ai pris une grande bouteille d’eau, je faisais face à quatre policiers qui voulaient m’intimider, me disant que Primorac était dans la salle d’à côté, qu’ils savaient que je lui avais remis une enveloppe de 250 000 francs tel jour à telle heure. Ils sont mal tombés, ce jour-là, j’étais en voyage de noces à la Guadeloupe. C’est le juge Beffy qui a mis fin à ma garde à vue peu après.
En 2001, nous avons été licenciés, ma femme et moi, quand Tapie et Dubiton sont revenus au club. J’ai toujours la haine envers Dubiton. Je m’étais attrapé plusieurs fois avec lui, je savais que je serais sur la liste des licenciements soi-disant économiques, mais j’ignorais qu’ils y incluraient ma femme, qui était la seule à s’occuper des contrats. Quinze jours plus tard, Marc Fratani m’a rappelé en me disant qu’il fallait que je revienne parce que c’était le bordel. Je lui ai répondu que je ne reviendrais que lorsque Dubiton serait parti. J’ai attendu trois ans.
José Anigo m’a invité à la finale européenne de Göteborg en 2004 et Christophe Bouchet, avec Pape Diouf, nous a réembauchés le lendemain.
“Mon premier déplacement seul avec Franz Beckenbauer, c’est à Monaco. Dans le car, je reçois plusieurs appels de Bernard Tapie et Franz m’indique qu’il ne veut pas que je le lui passe. Au fil des minutes et des appels, j’ai l’impression que le téléphone va prendre feu, j’imagine le boss furax. Arrivé à l’hôtel, je lui réponds, il me jette : “Je vais te virer, ça fait dix fois que je t’appelle”, Franz ne veut toujours pas le prendre, me disant que c’est lui l’entraîneur, moi je lui explique que Tapie a besoin d’être rassuré. Je raconte à Bernard que Franz organise une discussion avec les joueurs et que je le rappellerai après le repas. Là, ils ont pu échanger. Ouf !
Franz et sa femme, je leur avais trouvé un bel appartement dans la résidence des Alpilles avec une vue extraordinaire. Plus tard, Dobrovolski y a logé. Quand on l’a proposé ensuite à Marc Bourrier, la société Onet a dû y passer trois jours pour le désinfecter. Le Russe l’avait pourri, les moquettes et les tapis persans étaient jonchés de sacs-poubelles.
“Raymond Goethals était mon partenaire de belote au Palm Beach. Nous avons fait pas mal de repérages ensemble. Une fois, à Auxerre, il s’est éloigné pour parler aux joueurs et il s’est trompé, il s’est rassis à côté de Guy Roux en plein match. Je l’adorais.
Un jour à Bruxelles, je l’ai tiré par la manche pour le projeter dans l’avion alors qu’ils allaient fermer. À Moscou, en 1991, notre banc était loin de la ligne de touche, il devait s’approcher du terrain pour parler aux joueurs et chaque fois qu’il revenait, on lui criait de faire attention ; il ne nous a pas écoutés et s’est pris la barre de fer du banc en plein front, il est tombé K.-O. Jacques Bailly a dû lui mettre de la glace pour le réanimer.
24 heures épiques avec Troussier
“Fin 2004, on savait que Philippe Troussier devait venir mais on ne le voyait pas arriver. Pape me dit enfin : “Tu dois organiser un stage à Granville, où Troussier va vous rejoindre“.
Quand j’arrive, il est enfermé dans sa chambre et nous n’avons aucun programme. Je vais donc taper à sa porte, pour me présenter et lui demander ce que nous devons faire. Il me répond qu’il n’a pas de programme, que les joueurs n’ont qu’à manger, lui dînera à part et le lendemain, on verra. Sur mon insistance, il décide de faire une réunion sur le champ. Là, il demande à tous de se présenter. Lunaire. À chacun il octroie une fonction différente de la sienne. L’intendant, il le nomme responsable des installations sur le terrain, moi, il me donne les équipements. Spinosi et Emon sont fous, ils veulent le frapper et rentrer à Marseille. J’ai dû appeler Pape Diouf. Le lendemain, j’ai un peu flatté Troussier en lui expliquant que nous avions besoin d’une organisation et au bout de deux heures de discussion, il m’a dit qu’il aimait bien ce que je lui disais et a décidé de s’appuyer sur moi. Très sympa. Mais les premières 24 heures étaient épiques.”
##Et_#AUSSI_1_#
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