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Nous n'avions plus les moyens de vendre notre appartement - nous avons continué d'y habiter... séparément Après sa séparation, ce couple a décidé de cohabiter, de peur de ne pas réussir à se reloger séparément dans sa ville, où les prix immobiliers ont flambé.
Après neuf ans de vie commune, Élise et Thomas ont décidé de se séparer en 2020, l'année des confinements successifs liés à la crise du Covid-19. Ces deux quadragénaires, qui habitent à Bordeaux, travaillaient alors tous deux dans le domaine de la vente. Avec 4 200 euros bruts de revenus par mois, le couple avait réussi, en 2016, à acheter un appartement de deux grandes pièces de 63 mètres carrés dans le quartier du Grand Parc. "Les banques nous suivaient car, même si nos revenus n'étaient pas très importants, nous étions tous deux en CDI, sans aucun historique d'impayé ou de découvert", raconte Élise. À l'époque, leur appartement, situé dans une résidence ancienne, leur avait coûté 189 000 euros. Lorsque le couple a décidé de rompre son Pacs fin 2020, il a fait estimer son appartement. En l'espace de quatre ans, celui-ci avait pris de la valeur. "En novembre 2020, un agent immobilier l'a estimé à 250 000 euros", se souvient Élise. Une bonne surprise pour le couple, qui se dit que chacun va pouvoir profiter de cette plus-value pour se reloger dans de bonnes conditions.
Malheureusement, plusieurs obstacles se mettent en travers de leur route. D'abord, Élise perd son travail, ce qui réduit ses chances de trouver un nouveau logement, même en tant que locataire. Puis, les prix immobiliers ont tellement augmenté à Bordeaux que les deux quadragénaires se retrouvent, chacun de leur côté, dans l'incapacité d'acheter autre chose qu'un studio. Dans le même temps, la boutique dans laquelle Thomas est employé montre d'importants signes de faiblesse. D'un commun accord, Élise et Thomas décident de ne pas vendre leur bien, de peur de ne pas pouvoir se loger séparément par la suite et de finir chaque mois dans le rouge. "C'était une solution temporaire, en attendant que je retrouve un travail et que Thomas ait plus de visibilité sur son emploi", explique Élise. La colocation a finalement duré un an et demi. "Chacun avait son espace : je dormais dans la chambre et Thomas dans le salon, où nous lui avions installé un coin nuit, derrière un paravent. Nous n'étions pas fâchés l'un contre l'autre, donc la cohabitation s'est globalement bien passée", explique-t-elle.
Au printemps 2022, Élise met toutefois un terme à la colocation avec son ex-copain. Elle décide de s'installer chez son nouveau compagnon, "rive droite, dans le quartier de La Bastide". Le couple met alors en vente son appartement et Thomas – qui a, entre temps, trouvé un travail plus stable – part en quête d'un T2 en location. "Il a trouvé facilement car il était en CDI et, surtout, il a dit aux propriétaires qu'il pouvait payer des loyers à l'avance, en guise de garantie", explique-t-elle. Si Thomas a pu le faire, c'est parce que le couple a obtenu un bon prix pour la vente son appartement. "Nous l'avons vendu 270 000 euros, les prix ayant continué d'augmenter entre temps…", confie Élise. Ces prochains mois, la vendeuse utilisera la somme qu'elle a touchée comme apport pour l'achat d'un nouvel appartement, qu'elle partagera avec son nouveau compagnon. Le contexte est très favorable : à Bordeaux, les prix amorcent une baisse depuis 2024, d'après les Notaires de France. Quant à Thomas, il souhaite pour l'instant rester locataire, selon son ex-compagne.
D'après Pierre-Yves Forster, avocat à Montélimar, qui est notamment spécialisé en droit de la famille, les couples séparés qui continuent, pour des raisons financières, d'habiter ensemble sont assez peu nombreux. "Il arrive que les couples qui se séparent cohabitent quelques semaines, le temps que leur bien soit vendu ou que la séparation s'organise. Mais dans notre région, étant donné que les prix immobiliers sont peu élevés, ces situations sont vraiment à la marge", explique-t-il. À Paris, en revanche, ces histoires sont loin d'être isolées. "Il s'agit d'une vraie tendance qui s'est accentuée ces dernières années", selon Pauline Baudu-Armand, avocate en droit pénal et droit de la famille chez Garbarini et Associés. Lorsqu'un couple divorce et qu'il détient des biens immobiliers, il doit procéder à une liquidation du régime matrimonial. "Généralement, les biens sont vendus à des tiers ou l'un des époux procède au rachat des parts de l'autre. Dans les deux cas, c'est problématique. Selon les situations, l'un des époux n'a pas les moyens de racheter les parts de l'autre ou la vente du bien est défavorable aux futurs ex-époux, compte tenu du marché immobilier actuel. Ces derniers se trouvent ainsi dans une situation de blocage et décident, pour ne pas subir de pertes financières trop importantes, de rester mariés et de continuer à vivre ensemble", confirme-t-elle.
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