« Je suis choqué. Il aurait pu tuer quelqu’un. Si j’avais été en face de lui à moto et qu’il m’avait percuté je pourrais être paraplégique. »
La vidéo « Tu croises un fou à Nice » que Théo, étudiant en médecine à Nice (1), a publiée sur son compte Instagram, est à couper le souffle.
Il est rare de voir un chauffard en action sur la durée. 2’ 12” de rage et de folie routière.
La scène se passe mardi soir, vers 23h. Théo vient de sortir de la salle de sport.
Il enfourche sa Trident 660, une moto de marque Triumph, et décide de se faire une balade.
« Je passe par le port, je fais le tour puis direction la coulée verte. »
C’est à ce moment qu’un Renault Scénic gris le double, pleine balle, le long de Jean-Jaurès.
« Il me dépasse de manière un peu vive, très proche de moi, je me dis que je vais le rattraper pour discuter avec lui. » Mais les choses ne vont pas se passer ainsi.
L’homme prend la fuite et s’engage dans un rodéo urbain qui aurait pu faire des morts.
La scène est filmée en continu par la caméra de Théo placée sur son casque. « Ohlala, quel malade ! », l’entend-on s’exclamer.
Le conducteur de la Scénic passe par le port puis emprunte la basse corniche.
« Là, dans la montée, il a grillé la ligne blanche et manqué de percuter deux voitures et deux trottinettes. J’étais choqué, je voulais alerter, filmer, au cas où il tue quelqu’un. »
La voiture, dont le conducteur a éteint les feux, s’engage sur le boulevard Maeterlinck, où elle passe à contresens. En face, une voiture s’arrête au dernier moment pour l’éviter.
À Villefranche, juste avant le pont Saint-Jean, sur le boulevard Napoléon-III, le chauffard emprunte de nouveau la route à contresens.
À cet endroit, la mairie avait fait disposer une glissière en béton après maints accidents. Ici, une femme avait été tuée sur le passage piéton par un chauffard, le 14 août 2023.
Le chauffard continue. « Il roulait n’importe comment, zigzaguait », se souvient Théo.
Selon lui, le conducteur n’a pas remarqué qu’il était suivi. « Je me suis arrêté aux feux rouges, alors que lui les grillait. Mais, avec la moto, je le rattrapais facilement après. »
Arrivé au Pont Saint-Jean, à Villefranche, le chauffeur du Scénic profite de l’entrée de la presqu’île pour faire demi-tour et repartir vers Nice.
Dans sa course furieuse, il grille un feu rouge dans le centre de Villefranche-sur-Mer.
Puis il double une trottinette par la droite, en la frôlant et en longeant la falaise et double dans la foulée une voiture en grillant la ligne blanche, dans un virage à droite sans visibilité.
Théo multiplie les appels de phare, tout comme les automobilistes.
À grande vitesse, le chauffard déboule alors dans le bas de la basse corniche, sur le port de Nice. Il grille un énième feu rouge et déboule sur la place île de beauté.
C’est alors qu’une Mercedes, qui avait le feu vert pour elle, le percute à l’intersection avec la rue Arson. On voit le crash.
Le Scénic défonce l’avant de la berline et va s’échouer un peu plus loin, accidenté.
« J’ai vu le conducteur de la Mercedes sortir. Comme c’était un Scénic, il a eu peur que ce soit une famille dedans. Il s’est précipité. »
Le chauffard, qui a 24 ans selon Théo, reste quelques instants groggy sur son siège.
« Il est alors sorti de la voiture et a jeté une bouteille de Get 27. » Selon Théo, il refusait de souffler dans l’éthylotest des forces de l’ordre.
« Il a prétexté s’être endormi, j’ai dit que non, et que cela faisait quinze minutes que je le suivais. »
Blessé, le chauffard sera finalement emmené par les pompiers. Le conducteur de la Mercedes a été légèrement blessé.
Théo, de son côté, peine à s’en remettre. Il a immédiatement remis sa vidéo à la police, et a été entendu ce mercredi.
« C’est gravissime comme acte. Je suis surtout soulagé qu’il n’ait blessé personne. »
La justice a ouvert une enquête. Le procureur de la République, Damien Martinelli, annonce à Nice-Matin qu’il communiquera dans la journée des éléments sur les suites de cette affaire.
(1) Son prénom a été modifié à sa demande pour respecter son anonymat.
Le mis en cause déféré dans le cadre d’une comparution immédiate dès ce jeudi
Au moment de son interpellation, indique le procureur de la République de Nice, le mis en cause présentait les signes de l’ivresse et refusait de se soumettre aux opérations de dépistage.
À l’issue de sa garde à vue, l’individu, âgé de 24 ans et inconnu des autorités judiciaires, est déféré ce jeudi 30 octobre dans le cadre d’une procédure de comparution immédiate devant le tribunal correctionnel.
Et ce, des chefs de « mise en danger de la vie d’autrui par violation manifestement délibérée d’obligation réglementaire de sécurité ou de prudence lors de la conduite d’un véhicule terrestre à moteur et blessures routières avec incapacité n’excédant pas trois mois par conducteur de véhicule terrestre à moteur, commises avec au moins deux circonstances aggravantes ».
Le conducteur du second véhicule, blessé au niveau des bras, de la nuque et des côtes, a un jour d’ITT et s’est constitué partie civile.
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