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Par Delphine TANGUY
Publié le 28/10/17 à 10:40 – Mis à jour le 29/10/17 à 11:48
À Marseille, l’hôtel-restaurant Le Petit Nice Passedat symbolise le luxe. Il est fréquenté par des stars et des grosses fortunes du monde entier. Mais il est aussi situé quasiment au pied du quartier Périer, le quartier le plus riche de France hors-Paris.
Photo Florian Launette
Marseille
Ils vont bien, et même très bien, merci pour eux! Entre 1997 et 2017, les dix plus grosses fortunes françaises ont vu leur patrimoine cumulé passer de 22,9 milliards d’euros à… 240,8 milliards d’euros. Attention, vertige: c’est +950%! Selon le magazine Forbes, la France compte désormais 39 milliardaires. Leur super champion ? Bernard Arnault (groupe de luxe LVMH), qui avec ses 46,9 milliards d’euros est désormais la 11e fortune mondiale; en un an, celle-ci a même bondi de près de 50%! Particularité très française : chez nous, pour devenir riche, mieux vaut l’avoir toujours été… « On a majoritairement, parmi ces plus grandes fortunes, des héritiers ou des gens qui ont développé un héritage familial », souligne le PDG de Forbes France, Dominique Busso.
Parmi les 500 premières fortunes françaises, aussi répertoriées par le magazine Challenges, la région Paca présente des compétiteurs de poids, même si peu jouent dans la catégorie des milliardaires. Nous en comptons quatre : Pierre Bellon et sa famille, 16e fortune française (Sodexo, bien connu des écoliers marseillais) avec 5,1 milliards d’euros; Jacques Saadé et la sienne, en 20e position (CMA-CGM) avec 4,5 milliards d’euros; Alexandre Ricard et les siens sont 22e fortune de France (Pernod-Ricard), avec 4,3 milliards; le Marseillais Jacques-Antoine Granjon, enfin, est le 49e plus riche (Vente-privée.com) avec 1,6 milliard d’euros.
Derrière ? C’est la ligue 2 des super riches, avec une demi-douzaine de « simples » multi-milionnaires. Un classement qui reste globalement stable d’une année sur l’autre.
Millionnaires, les 350 000 foyers français jusqu’ici assujettis à l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) le sont également. Pour peu que leur patrimoine net soit supérieur à 1,3 M€, ils devaient s’acquitter, en plus de leurs impôts sur les revenus, de cette taxe fiscale. Un prélèvement non négligeable pour l’Etat: 4 milliards d’euros par an. Au 1er janvier cependant, avec la très controversée révision de l’ISF (au même seuil et même taux mais réduit désormais au seul patrimoine immobilier. Les placements financiers, qui représentent la plus grande part de la fortune des plus riches, ne seront plus taxés), le nombre de foyers redevables tombera à 150 000, les recettes à 900 millions d’euros. En effet, leur patrimoine est constitué, en moyenne, de 30% de biens immobiliers et de 70% d’actifs financiers, qu’Emmanuel Macron ne voulait plus voir taxés. Mais « réinjectés dans l’économie réelle ». Une projection qui divise les économistes.
Un symbole, l’ISF ? Certes. Mais également l’un des rares indicateur de richesse en France : payé l’an passé par 63 123 foyers parisiens, contre 4472 à Lyon, 3821 familles à Marseille, 1872 à Aix , 347 à Avignon, 205 à Gap, 193 à Arles ou encore 127 à Allauch…. il illustre bien le fossé entre la capitale et la province. Si on analyse, comme le magazine Capital, le pourcentage des ménages ayant déclaré un revenu fiscal supérieur à 100 000€ par rapport au nombre total de foyers fiscaux, de plus petites communes apparaissement sur le radar : Ventabren ou Le Tholonet (8,1 %), Châteauneuf du Pape (5,8 %) et Gordes (5,4 %). A relativiser encore: dans le seul VIIe arrondissement de Paris, ce sont 21,6 % des contribuables qui déclarent plus de 100 000€ ! Nos riches à nous ne pèsent pas lourd face aux archi-blindés Parisiens…
Quartier le plus riche
Le quartier de Perier, dans le 8e arr. de Marseille, est le plus riche de France, hors Paris et communes limitrophes. 69% des habitants du 8e sont imposés sur les revenus (revenus médiants 24 199€, 17 930€ pour l’ensemble de Marseille).
Quartier le plus pauvre
Parmi les 100 quartiers les plus pauvres de France, 25 sont à Marseille. En premier lieu ? Le secteur du Parc Kalliste (15e), suivi de près par Saint-Mauront (3e). Taux de pauvreté : 43,6% dans le 15e arr. (13 207€ de revenus médians), 52% dans le 3e arr (11 798€ de revenus moyens).
Source : index Filosofi de l’Insee, données sept 2017.
À Marseille, le riche réside de préférence entre Corniche (7e) et Périer (8e). Un périmètre piqué d’adresses dont raffole le Marseillais fortuné : les résidences du Parc Talabot et des Alpilles, la table de La Villa, les bassins du Cercle des nageurs et de La Pelle, les courts du Williams, le spa Château-Berger, le bar du Sofitel Vieux-Port et même… le supermarché chouchou du nanti, le Monoprix du Prado, toujours plus gros chiffre d’affaire du groupe, se dit-il. 
Hervé Guéry est directeur du Centre d’observation et de mesure des politiques d’action sociale (Compas), à Paris.
Qui paye l’impôt sur la fortune à Marseille ?
Hervé Guéry :
Selon les déclarations de 2016, à Marseille, 3821 foyers fiscaux, détenant un patrimoine moyen de 2,5 M€, composé à 78% de participations et placements financiers, hors immobilier. C’est dans la moyenne française – sachant que l’on s’acquitte de l’ISF à partir d’1,3 M€. Chacun a payé environ 10000 €. La fin de cet impôt, c’est donc un cadeau de 38 M€ aux plus riches Marseillais. Relativisons cependant : l’ISF est payé par 14000 habitants du XVIe arrondissement de Paris, pour un patrimoine moyen de 4,2 M€. Là-bas, la fin de l’ISF représente donc près de 140M€! Pour revenir en Provence, l’ISF était aussi payé par 135 ménages de Manosque, 1872 d’Aix-en-Provence, 127 d’Allauch, 347 d’Avignon ou 1 492 de Cannes.
Quel regard portez-vous sur cette révision fiscale?
Hervé Guéry :
Il faut relier cette décision avec celle de réduire les moyens accordés aux bailleurs sociaux, par la baisse des APL : pour faire face, ils vont moins investir, moins construire, moins rénover ou se tourner vers les ménages les plus solvables. Cela va faire exploser les inégalités sur le territoire : Marseille va perdre énormément par la baisse des APL, mais Monaco va gagner beaucoup du même coup par la fin de l’ISF. Pour conclure, on aide ceux qui n’en ont pas besoin, en rabotant sur ceux qui sont en bas de l’échelle. Et je ne crois pas à la théorie du ruissellement pour la bonne raison qu’elle ne s’est jamais vérifiée: le bouclier fiscal de Nicolas Sarkozy, par exemple, n’a pas permis de faire reculer la pauvreté. Bien au contraire, elle n’a pas cessé de s’accroître.
Justement, comment ont évolué les inégalités en France?
Hervé Guéry :
Il n’y a pas photo: entre le 1er et le 9e décile, les inégalités n’ont pas cessé de se creuser depuis 2001. Sur la dernière période, on voit nettement se dessiner un appauvrissement des ménages du 1er décile (vivant par exemple à Marseille avec 699 € par adulte, tout salaire et allocations confondus, NDLR). Ceci car la crise financière de 2008 a ensuite frappé l’économie réelle, accru le chômage : de travailleurs pauvres – CDD, intérim, précaires – les gens sont devenus pauvres tout court. Pour eux, une baisse de 5 € des APL, cela pèse lourd : près d’1% de leur budget. Sur la même période, a contrario, le 9e décile (environ 3256€ pour un adulte seul) a gagné environ 10% de pouvoir d’achat.
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