Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse offerte, réponse personnelle sous 24 heures.
100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement
Le 10 juin 2026, la chambre commerciale de la Cour de cassation a rendu un arrêt important pour les investisseurs qui ont acheté un bien immobilier locatif présenté comme rentable ou fiscalement avantageux, puis ont découvert que l’opération ne tenait pas ses promesses.
La question est très concrète : si le bien a été loué dès les premières années avec un déficit, le délai pour agir contre le conseiller, le commercialisateur ou l’intermédiaire commence-t-il immédiatement ? Ou faut-il attendre que l’investisseur puisse mesurer réellement l’échec de l’opération ?
La Cour de cassation répond dans un sens utile aux acquéreurs : une première année de location déficitaire ne suffit pas, à elle seule, à caractériser la réalisation du dommage dont l’investisseur demande réparation. Autrement dit, le professionnel ne peut pas toujours opposer la prescription en disant simplement : « vous saviez dès la première année que les loyers ne couvraient pas les charges ».
Cette précision change beaucoup de choses dans les dossiers d’investissement locatif défiscalisé, de vente en l’état futur d’achèvement, de programme ancien avec travaux, de résidence de services ou de montage vendu avec simulation patrimoniale.
Non, pas automatiquement.
Le fait que les loyers soient inférieurs aux charges dès la première année peut alerter l’investisseur. Mais cette alerte ne signifie pas nécessairement que le dommage indemnisable est déjà réalisé et connu dans toute sa portée.
Dans l’arrêt du 10 juin 2026, n° 25-14.312, la Cour de cassation casse l’arrêt d’appel qui avait retenu la prescription à partir de la première année locative déficitaire. Elle reproche à la cour d’appel d’avoir confondu la connaissance d’une difficulté probable avec la réalisation du dommage.
Le passage utile tient en une formule : la seule connaissance d’une « probable rentabilité déficitaire » ne suffit pas à caractériser le dommage. Cette distinction est essentielle.
Pour un investisseur, le délai de cinq ans ne se calcule donc pas mécaniquement depuis la première mauvaise année locative. Il faut rechercher à quelle date il a connu, ou aurait dû connaître, les faits lui permettant d’agir contre le professionnel : dommage, faute possible, auteur de la faute et lien entre le conseil donné et la perte subie.
Dans l’affaire jugée, un investisseur et une société avaient acquis plusieurs biens immobiliers entre 2006 et 2008. Ces biens ouvraient droit à des réductions d’impôt, étaient destinés à la location et avaient été financés par des prêts.
Des années plus tard, les investisseurs ont assigné les sociétés qui les avaient conseillés. Ils invoquaient notamment une rentabilité locative insuffisante au regard des prévisions et une surestimation de la valeur des biens.
La cour d’appel avait considéré leur action prescrite. Son raisonnement était le suivant : dès la mise effective des biens sur le marché locatif, les investisseurs pouvaient comparer les recettes locatives avec les charges. Comme les loyers étaient inférieurs aux charges, ils auraient dû s’interroger sur la rentabilité réelle de l’opération.
La Cour de cassation casse cette décision.
Elle rappelle d’abord la règle : l’action en responsabilité se prescrit à compter du jour où la victime a connu ou aurait dû connaître le dommage, le fait générateur de responsabilité, l’auteur et le lien de causalité. Puis elle juge que la première année de rentabilité déficitaire ne suffit pas à caractériser la réalisation du dommage.
En pratique, cette décision empêche une défense trop automatique des professionnels. Un conseiller ne peut pas se contenter de pointer le premier déficit locatif pour soutenir que l’investisseur était en retard cinq ans plus tard.
Un investissement locatif peut être déficitaire au début sans être juridiquement « raté ».
Certaines simulations prévoient un effort d’épargne temporaire. Les premières années peuvent supporter des frais de mise en location, des charges de copropriété, des intérêts d’emprunt, des travaux, une vacance de lancement ou une montée progressive du loyer. Un déficit initial n’est donc pas forcément une anomalie.
Le dommage peut apparaître plus tard, par exemple lorsque :
Le point de départ du délai doit donc être recherché dans la chronologie du dossier. Ce n’est pas une date théorique. C’est une date probatoire.
Le texte central est l’article 2224 du Code civil. Il prévoit que les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d’un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l’exercer.
Lorsque le litige oppose commerçants et non-commerçants, l’article L. 110-4 du Code de commerce peut également intervenir.
Dans l’arrêt du 10 juin 2026, la Cour de cassation vise aussi l’article 2222 du Code civil, car certaines acquisitions étaient anciennes et imposaient de tenir compte de la réforme de la prescription de 2008.
Pour les dossiers actuels, la question pratique reste la même : il faut dater précisément le moment où l’investisseur a eu les éléments suffisants pour agir. Ce moment peut être postérieur à l’acte d’achat, postérieur à la première mise en location, et parfois postérieur à plusieurs années de gestion.
Le recours peut viser plusieurs acteurs, mais il faut éviter de les mettre tous sur le même plan.
Le conseiller en gestion de patrimoine ou le commercialisateur est souvent le premier acteur à examiner. C’est lui qui a pu présenter l’opération comme adaptée, sécurisée, rentable ou fiscalement avantageuse. S’il a remis une simulation trop optimiste, omis les risques de vacance, surestimé les loyers ou minoré les charges, sa responsabilité peut être discutée.
Le vendeur ou le promoteur peut être concerné s’il a participé à la présentation économique de l’opération, communiqué des données de marché ou vendu un bien à un prix manifestement décorrélé de la valeur réelle.
Le gestionnaire locatif peut être impliqué si le contentieux porte sur la vacance, les loyers garantis, la gestion de la résidence, les charges ou les informations données après l’achat.
La banque et le notaire ne sont pas automatiquement responsables de la rentabilité économique de l’investissement. Leur responsabilité suppose une faute propre : information omise, devoir de mise en garde non respecté, acte incohérent, risque juridique identifiable ou intervention active dans le montage.
La bonne stratégie consiste à reconstituer la chaîne de décision : qui a proposé le produit, qui a fait la simulation, qui a validé les loyers, qui a parlé de la revente, qui a conseillé le financement, et qui disposait d’informations déterminantes avant la signature.
La prescription se gagne ou se perd souvent sur les pièces.
Il faut d’abord classer les documents par date :
Il faut ensuite isoler les dates de révélation. Un simple déficit annuel peut être insuffisant. En revanche, une estimation écrite montrant une forte perte de valeur, une revente à perte, un courrier révélant que le loyer prévisionnel était irréaliste ou une expertise sur le marché local peuvent déclencher une analyse différente.
L’objectif n’est pas de prétendre que l’investisseur ne savait rien. Il faut montrer qu’il ne disposait pas encore des éléments permettant d’identifier un dommage indemnisable et un recours contre un professionnel déterminé.
Le dossier peut reposer sur plusieurs fautes.
La première est la simulation irréaliste. Si les loyers, charges, fiscalité, revente ou effort d’épargne ont été présentés de manière trop optimiste, il faut comparer la simulation avec les données réelles du marché au moment de la vente.
La deuxième est le défaut d’information sur les risques. Un investissement immobilier comporte toujours un aléa, mais ce n’est pas une raison pour le taire. Vacance locative, baisse de valeur, charges, travaux, difficultés de revente, dépendance à un exploitant ou incertitude fiscale doivent être expliqués.
La troisième est l’inadaptation du conseil. Un investissement fortement endetté, lointain, illiquide ou très dépendant d’un avantage fiscal peut être inadapté à certains profils : retraité, primo-investisseur, couple cherchant un placement sécurisé, contribuable déjà très exposé au crédit ou client ne comprenant pas la mécanique fiscale.
La quatrième est le suivi insuffisant après la vente. Dans certains dossiers, le professionnel continue d’intervenir après l’achat. Ses réponses, ses alertes ou son silence peuvent aider à dater la découverte du problème et à établir la faute.
Le préjudice doit être chiffré avec prudence.
Il peut comprendre une perte de chance de ne pas contracter, de négocier un meilleur prix, de choisir un autre investissement, ou de limiter l’emprunt. Il peut aussi inclure des frais financiers, des charges non prévues, une perte de valeur, une perte de loyers, des frais de gestion ou des travaux rendus nécessaires par la situation réelle du bien.
Il faut toutefois éviter de réclamer automatiquement toute la différence entre le prix d’achat et la valeur actuelle. Les juges raisonnent souvent en perte de chance. Cela signifie que l’indemnisation peut être partielle, mais elle peut rester significative lorsque la présentation initiale a vraiment déterminé la décision d’achat.
Un chiffrage solide distingue :
Cette méthode rend la mise en demeure plus crédible et prépare mieux une éventuelle expertise judiciaire.
Beaucoup d’investisseurs domiciliés à Paris ou en Île-de-France ont acheté des biens défiscalisés situés dans d’autres régions, sur la base d’un dossier commercial présenté comme clé en main.
La distance complique la preuve. L’investisseur ne connaît pas forcément le marché local. Il dépend des loyers annoncés, de l’étude remise, du gestionnaire et des informations du commercialisateur. C’est précisément dans ce type de dossier que les simulations et les échanges précontractuels deviennent déterminants.
Pour un investisseur francilien, il faut aussi vérifier le tribunal compétent, le lieu de signature, le siège des sociétés intervenues, la localisation du bien et les clauses du contrat. Le contentieux peut impliquer plusieurs ressorts, plusieurs défendeurs et une expertise sur la valeur du bien.
Le cabinet peut intervenir pour reconstituer cette chronologie, identifier les bons responsables et éviter une mise en demeure trop générale qui laisserait au professionnel l’occasion de répondre seulement sur la prescription.
La première action consiste à dater le problème. Demandez une estimation écrite du bien. Récupérez les loyers, les charges, les taxes, les échéances de prêt et les courriers du gestionnaire. Comparez ces données avec la simulation initiale.
La deuxième action consiste à retrouver la promesse commerciale. Cherchez les mots « rentabilité », « effort d’épargne », « loyer garanti », « défiscalisation », « sécurité », « revente », « patrimoine », « avantage fiscal », « simulation » et « valeur ».
La troisième action consiste à faire analyser la prescription avant d’écrire au professionnel. Une lettre mal rédigée peut figer une date défavorable ou reconnaître involontairement une connaissance ancienne du dommage.
La quatrième action consiste à préparer une mise en demeure structurée : chronologie, fautes, pièces, préjudices, délai de réponse et demande d’indemnisation.
L’arrêt du 10 juin 2026 ne donne pas gain de cause à tous les investisseurs. Il rappelle une méthode : le délai ne se déduit pas mécaniquement de la première année déficitaire. Il se démontre à partir des faits réellement connus par l’investisseur.
Le cabinet peut analyser votre acte d’achat, la simulation de rentabilité, les échanges avec le conseiller, les loyers réellement perçus et la date à partir de laquelle le recours peut être discuté.
Consultation téléphonique en 48 heures avec un avocat du cabinet.
Appelez le 06 46 60 58 22 ou utilisez le formulaire de contact.
À Paris et en Île-de-France, nous pouvons aussi vérifier la compétence du tribunal, les responsables à viser et les pièces utiles avant toute mise en demeure.
Transmettez les pièces de votre dossier au cabinet. Maître Reda KOHEN vous répond personnellement sous 24 heures avec une première analyse stratégique.
Transmettez-nous les pièces de votre dossier pénal. Maître Reda KOHEN vous répond personnellement sous 24 heures avec une première analyse stratégique de votre situation.
Étude préalable de votre dossier. Examen de vos pièces et première analyse écrite de Maître Reda KOHEN, sous 24 heures ouvrées. Le règlement s’effectue en ligne après l’envoi de ce formulaire.
Cliquez ou glissez vos fichiers ici
Tous formats acceptes (PDF, Word, images, etc.)
Envoi en cours…
Le règlement vaut demande d’exécution immédiate de votre analyse. Vos données sont utilisées uniquement pour traiter votre demande. Conditions · Politique de confidentialité.
Maître Reda KOHEN, avocat en droit immobilier vous accueille au cœur de Paris 17ème, proche de la Place de Clichy et du Parc Monceau
11 rue Margueritte
75017 Paris, France
06 46 60 58 22
Lundi – Samedi : 9h00 – 20h00
Sur rendez-vous uniquement
Chargement…
Les avis ne peuvent pas être chargés sans JavaScript. Voir tous les avis sur Google.