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Jeanne Augier ne s’en laisse guère conter: à 89 ans, dont 55 passés à la tête du Negresco à Nice, cette Bretonne discrète au caractère bien trempé, amie des animaux et amatrice d’art éclairée, aime à penser qu’avec son palace elle a bien « représenté la France« .
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Et malgré la fatigue des ans, la propriétaire du mythique cinq-étoiles garde l’envie de « faire les choses bien » et toutes ses passions vivaces: son amour des belles choses, des animaux et de la France.
Née en 1923 à Rennes, Jeanne Mesnage – son nom de jeune fille – a pris très jeune le virus de l’immobilier en même temps que celui de l’art: elle étudie le chant au Conservatoire, tout en suivant de près les chantiers de son père qui, de charcutier en Bretagne, s’est mué en promoteur immobilier à Nice.
La guerre 1939-1945 bouleverse la vie familiale. Le père, qui possédait des immeubles à Bordeaux, devient « le plus gros sinistré de la Gironde ». Il en fait une dépression. Jeanne prend les rênes des affaires familiales. Elle n’a alors qu’une vingtaine d’années. C’est en s’occupant du « sinistre » bordelais qu’elle rencontre l’avocat Paul Augier.
Fiancée à l’époque au futur député Charles Ehrmann, elle l’abandonne pour épouser Paul (mort en 1995), lui aussi versé dans la chose politique.
En 1955, nouveau bouleversement familial: la mère de Jeanne fait une mauvaise chute et reste tétraplégique. Allongée dans un fauteuil roulant, elle se retrouve prisonnière de l’appartement familial, faute d’ascenseur suffisamment large.
« Mon père a donc acheté l’hôtel Negresco, qui possédait un grand ascenseur », relate Mme Augier.
Pendant huit ans, jusqu’au décès de sa mère adorée, Jeanne s’occupe d’elle « nuit et jour » tout en remodelant l’hôtel avec son père. Jeanne et Paul n’auront pas d’enfant. « On ne choisit pas sa vie », commente-t-elle.
Pour le reste, ce petit bout de femme têtu s’appliquera à faire mentir l’adage. Sa vie durant, elle voyagera, restaurant un caravansérail en Iran, travaillant en Afrique, en Russie. Toujours avec le souci de « bien représenter la France ». « Je suis très cocorico », sourit-elle.
Si elle ne sort plus guère du Negresco qu’elle habite depuis 1957, immobilisée par un genou récalcitrant, le monde – soignants, amis, artistes – continue de venir à elle. Tel ce peintre venu ce jour-là présenter ses oeuvres dans l’espoir d’un coup de coeur de la maîtresse de maison…
Car l’hôtel sert aussi d’écrin à nombre d’oeuvres d’art acquises par cette collectionneuse aux goûts éclectiques qui ose meubler ses 117 chambres et suites d’authentique mobilier d’époque.
« Je n’ai jamais acheté quelque chose pour la signature », assure-t-elle. Et d’expliquer pourquoi elle ne possède aucun Chagall: « Lui et moi étions amis, mais je ne comprenais pas sa peinture: il faisait voler les ânes! »
Jeanne Augier n’est d’ailleurs pas une femme d’affaires à proprement parler. « Je ne suis pas très sensible au fric », lâche celle qui a reçu plus d’une centaine de propositions de rachat de son hôtel.
Bill Gates ou encore le sultan de Brunei en ont fait les frais. « Vous n’êtes pas assez riche » ou « les souvenirs ne sont pas à vendre », leur fut-il répondu.
À Découvrir Le Kangourou du jour Répondre Aujourd’hui moins que jamais, le palace n’est à céder. Il fêtera ses 100 ans en 2013. « Mais je ne suis pas enthousiaste, soupire Mme Augier. Je n’ai plus 20 ans et ça (les festivités) représente beaucoup de travail. »
Un fonds de dotation a été monté pour continuer, à sa disparition, de gérer son patrimoine, dont ses parts dans le Negresco. Une partie des bénéfices de l’hôtel ira au développement de l’établissement, l’autre à trois causes qui lui tiennent à coeur: la défense des animaux, l’aide aux handicapés et la participation au « rayonnement de l’art français ».
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