« C’est une véritable paupérisation de l’accession à la propriété qui est en marche. » Les professionnels de l’immobilier, représentés au sein de la Fnaim (leur fédération nationale), sonnent à nouveau l’alerte en ce milieu d’année 2026. Lors d’une conférence de presse intitulée « un marché convalescent au bord de la rechute ? », ils ont dressé le portrait d’un milieu d’année où le nombre de transactions fléchit, les taux d’intérêt augmentent et les ménages perdent en pouvoir d’achat.
Fin avril, et en l’espace de deux mois, le nombre de transactions a en effet diminué de 17.000, passant de 958.000 ventes en France sur douze mois fin février, à 941.000 au printemps. Un coup de frein qui devrait se prolonger, selon la Fédération, qui s’attend d’ailleurs à une baisse des ventes de 5% cette année, avec 900 à 920.000 transactions fin 2026 (contre 952.000 en 2025).
L’année dernière avait pourtant été celle de la reprise pour l’immobilier ancien, après presque trois années d’atonie. Mais depuis, les ventes se sont de nouveau « stabilisées », souligne également le dernier indice notaires-Insee, portant jusqu’à fin mars. « L’inquiétude persiste. (…) Le marché est directement impacté par la crise au Moyen-Orient et d’autres éléments », a souligné Loïc Cantin, président de la Fnaim, le mercredi 17 juin.
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Ce climat incertain devrait peser sur le pouvoir d’achat, qui avait repris des couleurs l’an dernier jusqu’à ce premier trimestre. Depuis le printemps, les volumes de nouveaux crédits diminuent, signe que certains Français reportent leurs projets ou n’arrivent pas à les financer. Les taux d’intérêt, eux, devraient continuer à augmenter (ils étaient à 3,05% en juin 2025, désormais à 3,25%), notamment après la décision de la Banque centrale européenne (BCE) de rehausser ses taux directeurs de 2 à 2,25% la semaine dernière.
Toutefois, les experts estiment que les taux d’intérêt ne devraient pas « flamber » pour autant, contrairement à 2023 (où ils ont dépassé les 4%) : les banques souhaitent en effet rester compétitives le plus longtemps possible après plusieurs années sans emprunteurs. Par ailleurs, et pour la première fois, les taux des emprunts immobiliers ne suivent pas exactement l’évolution du taux de l’OAT (la dette de l’Etat à dix ans), qui s’établit aujourd’hui à 3,55%.
Les prévisions anticipent plutôt des taux autour de 3,45 à 3,80% en fin d’année : +0,20% selon le courtier Cafpi ; 3,55% selon l’Observatoire Crédit Logement CSA ; 3,50% selon la Fnaim (voire entre 3,70 et 3,80% si la BCE décidait d’augmenter une seconde fois, cet été, ses taux directeurs).
Il n’empêche, cette situation devrait, quoi qu’il en soit, peser sur le pouvoir d’achat. Selon la Fnaim, les acheteurs tentent d’ores-et-déjà de jouer sur la durée des prêts pour financer leur projet (et ne pas rogner sur la surface ou l’emplacement). Aujourd’hui, la durée moyenne d’emprunt est de 22,6 ans. Plus de la moitié des crédits contractés (54%) atteignent même la durée d’emprunt maximale, de 25 ans. Et l’apport personnel, lui, est d’environ 20% selon la Fédération.
Surtout, la production de nouveaux crédits en fonction des revenus annuels est un bon indicateur. « On se rend compte que ceux qui sont en progression, sont les revenus situés entre 50 et 100.000 euros et supérieurs à 100.000 euros par an », observe Loïc Cantin (voir graphique ci-dessous). Sachant que ces derniers ne représentent qu’une petite partie de la population.
À titre de comparaison, en juillet 2025, la Banque de France soulignait que les ménages gagnant moins de 3 fois le SMIC (jusqu’à 67.200 euros bruts) représentaient encore plus de la moitié des emprunteurs (58%).
Dans les prochains mois, les effets de la hausse progressive des taux d’intérêt sera à observer. L’investissement locatif (à savoir acheter un logement pour le mettre en location), lui, « continue de baisser » et « ne fait plus recette », a encore soutenu Loïc Cantin.
Ce type d’investissement représente à ce jour 12% des transactions selon cette fédération, lobby des professionnels de l’immobilier, qui présentera ses propositions en vue de la prochaine élection présidentielle à l’automne prochain.
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