Tout le monde ou presque a entendu parler du Petit Chicago et de sa réputation sulfureuse, à une époque où les marins américains faisaient régulièrement escale à Toulon. Mais avant que ne poussent ces fameux lieux interlopes aux alentours de la rue du Canon, un autre quartier de la capitale du Var a défrayé la chronique : le Chapeau rouge.
Déjà dans le centre ancien, il s’agissait alors de la seule zone de la ville où la prostitution était libre et autorisée. Un ouvrage, Toulon, dévergondée, la basse-ville (années 1880 -1980), raconte son histoire (1). Focus avec l’auteur, le préfet honoraire Marc Bayle.
Au XIXe siècle, la prostitution est acceptée dans des maisons de tolérance, endroits clos que l’État peut contrôler. Ces établissements sont généralement concentrés dans un seul quartier, dit « réservé ». En 1850 à Toulon, un arrêté du maire décide de l’implanter dans celui de Chapeau rouge.
« Ce lieu de plaisir a fait de Toulon un paradis du dévergondage portuaire, connu partout en France, explique Marc Bayle. Les autorités militaires lui attribuaient un rôle d’exutoire naturel. » Pour l’anecdote, un emploi municipal d’inspecteur du service des mœurs fut créé. Tout comme un syndicat des maisons closes ou, en 1874, une taxe sur ces « bordels » afin de financer les œuvres… antivénériennes ! « Sous le vernis sensuel, les conditions de vie des travailleuses étaient rudes », souligne l’écrivain.
En 2025, rien ne reste de ce quartier aux ruelles étroites, dont les immeubles ont été détruits il y a quarante ans. Délimité (en gros) par le cours Lafayette, la rue des Remparts, la rue de Lorgues et la rue Vincent-Courdouan, il se situait dans ce qu’on appelle aujourd’hui la Visitation.
Difficile d’imaginer que plus d’une cinquantaine de maisons closes y étaient implantées en 1902, avec un total de 236 pensionnaires. Un pavé gravé « place du Pavé d’amour » rappelle toujours cette histoire méconnue.
Outre celle de la prostitution, Toulon était devenue la capitale de l’opium à la Belle époque (1880-1914). « Les officiers de Marine et de la coloniale qui avaient connu l’Indochine en avaient ramené un vrai goût pour cette drogue », raconte Marc Bayle.
Quelque 163 fumeries, élégantes ou « crapoteuses », ouvriront un peu partout dans Toulon, de la rue du Canon au Chapeau rouge, mais aussi du côté du Mourillon et de la Mitre, dans des villas d’officiers. Le danger sanitaire finit par interpeller les autorités. En 1916, la vente et la consommation d’opium furent interdites.
Soldats de la coloniale, tirailleurs ou matelots venaient y « claquer » leur solde. Mais pas que. « Policiers, écrivains, philanthropes ou réformateurs sociaux s’enfonçaient dans les bas-fonds pour s’encanailler », assure Marc Bayle.
Si l’on en croit l’ouvrage, un certain Paul Gauguin, rude marin qui connut Toulon à la fin du XIXe siècle, « ne dédaigna certainement pas les maisons de Chapeau rouge ». Un quartier prénommé ainsi en raison d’une « enseigne d’auberge représentant une toque de cardinal », où les prélats avaient leurs habitudes… au XVIe siècle.
La Maison-Blanche, le Montmartre, le Perroquet… Ces établissements ont tous disparu après-guerre. « En 1946, la loi Marthe-Richard abolit le régime de la prostitution réglementée en France, et donc les maisons closes, rappelle Marc Bayle. Cela a maintenu la prostitution clandestine, mais a mis fin au quartier réservé. » A quelques exceptions près toutefois. En vertu d’une « tolérance sans doute inspirée par l’autorité militaire », Toulon fut l’ultime ville de France à détenir des établissements hébergeant des travailleuses du sexe.
Vidé de sa principale activité économique dans les années 50, le quartier du Chapeau rouge se paupérisa rapidement. La prostitution, elle, se déporta vers un secteur délimité par la rue Chevalier-Paul, la place d’Armes et la rue du Canon : le futur Petit Chicago. Mais c’est une autre histoire.
1. Toulon dévergondée, la basse-ville (années 1880-1980), sous la direction de Marc Bayle, avec André Fourès, LEA Andréani, Colette Servières. Aux éditions Milieux du Monde (20 euros).
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