Lire le
journal
Lire le
journal
Se connecter
En déplacement à Antibes dans le cadre de l’université d’été de la Confédération des syndicats médicaux français, il appelle à adapter l’offre de santé aux besoins réels.
Ministre de la Santé et de la Prévention, François Braun est venu hier à la rencontre de la médecine libérale, réunie dans le cadre de l’Université d’été de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) qui se tenait au palais des Congrès d’Antibes Juan-les-Pins. Entretien.
Vous avez inscrit la prévention dans votre feuille de route, avec déjà l’annonce de plusieurs mesures dont la gratuité de la pilule du lendemain pour toutes. La prévention ne se résume pas pour autant à ce type d’actions ciblées, c’est un immense chantier, impliquant de très nombreux acteurs. Où vous situez-vous?
Le ministère que je dirige sera le chef d’orchestre de la prévention en santé; mais il est évident que nous ne pouvons agir dans ce domaine tout seuls. Les autres ministères, les collectivités locales, les élus, les associations… jouent un rôle prépondérant.
Par ailleurs, ce concept important de “one health” (“une seule santé” en français), qui met l’accent sur les interactions entre santé humaine et animale et leurs divers environnements, implique que tous les ministères concernés: logement, transport, écologie… s’investissent dans la prévention de façon coordonnée. C’est un chantier global, avec des enjeux majeurs. Mais, mon rôle aussi, c’est de prendre des décisions concrètes, pratiques, avec des effets immédiats, comme la mesure que vous avez citée.
 
Loin de moi l’idée de vouloir nationaliser la médecine libérale!
La “mission flash” sur les urgences et soins non programmés mise en place au début de l’été arrive à terme. Entendez-vous la poursuivre, sachant que la crise qui touche les urgences persiste?
Certains professionnels souhaitent que plusieurs mesures soient prolongées et je les entends. J’avais demandé une évaluation systématique de ces mesures et de leurs effets, et j’attends, pour prendre une décision, les conclusions des deux rapports qui seront établis par l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS), dans les prochains jours.
Les Agences régionales de santé (ARS) ont été très critiquées pour la gestion de la crise sanitaire. Des élus locaux et professionnels de santé réclament leur suppression. Votre position?
Les ARS sont essentielles, et la crise sanitaire a démontré leur rôle central; elles sont là pour décliner les politiques de santé et de prévention à l’échelle des territoires. Le chef d’orchestre doit être au plus près des musiciens; un orchestre ne se dirige pas par visio.
Concernant la gestion de crise, il est vrai que les ARS ont été soumises à une forte pression pendant la pandémie. Il faut aujourd’hui tirer tous les enseignements de cette crise inédite, et probablement faire progresser les modalités de cette gestion de crise à l’échelle de l’ensemble du ministère de la santé. Plus globalement, je souhaite mettre sur la table la question du pilotage de notre système de santé, de son financement, de son avenir dans dix, vingt, trente ans, en associant à cette réflexion les élus, nos concitoyens et les soignants.
Vous étiez invité à rencontrer à Antibes la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), dans le cadre de son université d’été sur le thème: C’est votre projet?
Ce que je veux d’abord rappeler, c’est l’excellence de notre système de sécurité sociale, qui permet à tous les citoyens français d’être soignés, quelle que soit leur situation sociale. Dans beaucoup d’autres pays, se faire soigner coûte très très cher, d’où un renoncement aux soins important, voire un impact massif sur la vie des personnes et de leurs familles.
Sur votre question: loin de moi l’idée de vouloir nationaliser la médecine libérale! Pour autant, il y a des besoins de santé, ils doivent être couverts, et nous devons tous ensemble trouver des solutions pour y répondre. Franck Devulder, que j’ai rencontré juste après son élection à la présidence de la CSMF, m’a dit lui-même très clairement que les médecins avaient des droits ET des devoirs. Et là-dessus, nous sommes totalement en phase.
Il faut s’intéresser aux 4 à 6% où cette permanence ne fonctionne pas
À propos de devoirs: en 2003, Jean-François Mattei, alors ministre de la Santé, a rendu caduque l’obligation de la permanence des soins en ville. Elle ne repose désormais plus que sur le volontariat. Les difficultés d’accès à un médecin et l’impact sur les services des urgences pourraient-ils vous amener à réinstaurer l’obligation de garde pour les médecins libéraux, au bénéfice des citoyens?
Ce que demandent nos citoyens, c’est de pouvoir accéder à un médecin lorsqu’ils en ont besoin sans avoir pu l’anticiper, notamment le soir et le week-end. Et cela passe, en grande partie, par l’engagement des médecins libéraux, comme ils l’ont fait cet été. Dans les faits, et selon le dernier rapport du Conseil de l’Ordre des médecins sur la permanence des soins en 2021, celle-ci est assurée sur 94% voire 96% du territoire. C’est très bien, mais effectivement, il faut s’intéresser aux 4 à 6% où cette permanence ne fonctionne pas, et s’interroger sur comment on peut faire bouger les lignes.
Ma responsabilité, et celle de l’ensemble du gouvernement, c’est de répondre aux besoins de santé de tous les Français, et d’adapter notre système de santé pour mettre fin à des situations inacceptables aujourd’hui, à commencer par celles des déserts médicaux. Dans ces territoires, et dans tous les autres, nous allons mettre sur la table, dans le cadre du Conseil national de la refondation (CNR) consacré à la santé, quatre sujets importants: celui de l’accès à un médecin traitant pour toutes les personnes fragiles, celui de l’attractivité des métiers de la santé, celui de la prévention et enfin celui de la permanence des soins.
Pour discuter régulièrement avec mes collègues généralistes et les représentants des syndicaux médicaux, tous se disent prêts à travailler autrement pour assurer cette permanence des soins sur tous les territoires dès l’année prochaine. Si, ensemble, sur un territoire, nous n’y parvenons pas, je prendrai mes responsabilités et n’exclus pas d’imposer des solutions pour que nos concitoyens obtiennent des réponses.
Cette situation n’appelle-t-elle pas, plus qu’une refondation, une vraie réforme en profondeur, passant notamment par une redéfinition des missions de l’hôpital?
Vous prêchez un convaincu. Chacun doit être à sa place dans notre système de santé: la place où il apporte la plus-value la plus importante. Aujourd’hui, notre système de santé est organisé uniquement autour de l’offre; on met en place des offres de santé sans vraie régulation et en se préoccupant assez peu des besoins, persuadés depuis des décennies que ceux-ci sont couverts dès lors que l’on met de l’offre un peu partout.
Il faut se recentrer sur les besoins de santé à l’échelle d’un territoire et mettre en face l’offre adaptée dans un esprit de partenariat – tel qu’il a prévalu pendant la Covid – et non dans un esprit concurrentiel. C’est vraiment l’objectif de la politique que je veux conduire; et cette politique doit être déclinée à l’échelle d’un territoire, Sachant que les problématiques à Nice ne sont certainement pas les mêmes qu’à l’est de la Moselle! C’est à cette condition qu’on pourra avancer et refonder notre système de santé.
Le CHU de Nice regrette le faible nombre d’internes en médecine qui lui a encore été alloué cette année, alors que notre région souffre elle aussi du manque de professionnels de santé, avec des déserts médicaux qui continuent de progresser. Cette “injustice” sera-t-elle réparée ?
“J’ai rencontré le maire de Nice, Christian Estrosi, et nous avons effectivement discuté de cette possibilité d’augmenter le nombre d’internes à Nice. Mais le sujet ne relève pas seulement du ministère de la Santé ; il implique le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, et je suis en cours de discussion avec Sylvie Retailleau, à la tête de ce ministère. Quoi qu’il en soit, l’augmentation du nombre d’étudiants – qui a été mis en œuvre lors du précédent quinquennat avec la disparition du numerus clausus – n’est qu’un des dispositifs qui peut permettre de répondre à ces difficultés. Il n’y a aucune solution miracle dans le domaine. C’est un ensemble de dispositifs qui peuvent permettre de répondre à ces difficultés. Je salue d’ailleurs, à ce sujet, une initiative de la mairie de Nice, qui a salarié des médecins qui interviennent dans des quartiers difficiles”.
Le ministre de la Santé confirmait en début de semaine chez nos confrères de France inter une reprise à la hausse des indicateurs : taux de réplication, incidence… “Une situation suivie de près” alors que la survenue d’une nouvelle vague ne fait aucun doute. À quel horizon ? “Nous savons qu’il y aura une 8e vague, nous connaissons le virus qui circule. Pour le reste, restons humbles “, a répondu le ministre.
Concernant les gestes barrières à ré-adopter, il a rappelé qu’ils étaient utiles contre tous les virus qui circulent. Pas d’évolution non plus, à ce stade, concernant les rappels de vaccination. “La Haute autorité de santé, qui nous guide dans les décisions à prendre, recommande un rappel pour les plus de 60 ans, les personnes fragiles et leur entourage et les soignants. Nous élargirons si nécessaire, mais pour l’heure, le reste de la population, sans facteurs de risque, n’est pas dans la cible.”
“Rhôooooooooo!”
Vous utilisez un AdBlock?! 🙂
Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.
Et nous, on s’engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.

source

Catégorisé: