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Contexte économique et géopolitique incertain, évolution des paramètres techniques de la prévoyance, et détérioration de la fiscalité poussent les Suisses à s’interroger sur l’opportunité de retirer leurs avoirs de prévoyance pour financer l’achat de leur logement.
De récentes évolutions réglementaires, comme la suppression annoncée fin 2024 de la valeur locative ou encore l’adaptation du barème fiscal réduit pour les couples, alimentent un sentiment de préoccupation majeure chez les citoyens helvétiques. Quatre millions d’entre eux cotisent au 2e pilier, menacé par la baisse du taux de conversion. S’y ajoutent des évolutions macroéconomiques: inflation, volatilité des marchés et précarité des rendements due à la baisse des taux d’intérêt, etc. Face à ce brouillard, l’acquisition d’un bien immobilier financé par la prévoyance est perçue comme une manière de sécuriser son avenir.
«En constante progression depuis plusieurs années, près de deux Suisses sur trois possèdent un 3e pilier en 2025. Il s’agit d’un élément essentiel au maintien du niveau de vie une fois atteint l’âge de la retraite. Cependant, en 2024, le marché des primes périodiques, par exemple 3a et 3b, pour les nouveaux contrats souscrits auprès d’une assurance a reculé de 5% par rapport à 2023. Il est difficile de savoir si ce recul dénote une tendance passagère ou de fond», confie Vladimir Ferber, responsable de la prévoyance à la Vaudoise, la seule compagnie d’assurances privée avec un siège social romand. L’une des possibles explications de ce retrait tient à la démocratisation de la gestion patrimoniale au travers d’outils numériques initialement issus des fintechs. «L’architecture financière des ménages a sensiblement évolué ces dernières années vers d’autres possibilités d’investissement offertes par des solutions où le client gère, en toute autonomie et sans conseils, ses placements. L’essor des fintechs a favorisé un accès facile à toutes sortes de fonds. Cependant, cela n’est pas sans risque, souligne l’expert de la Vaudoise, car la prévoyance reste un sujet propre à chaque situation et doit également tenir compte du besoin de se protéger financièrement face aux aléas de la vie.
«La meilleure solution pour gérer le lien entre les avoirs de la prévoyance collective et individuelle est celle qui tient compte de la situation de chacun, du conjoint, des enfants, des revenus.»
La confiance dans le 2e pilier n’est pas en reste. Pour Alexandre Michellod, président de Lemania Pension Hub, «entre acheter un bien immobilier et laisser leurs avoirs vieillesse, leur principale tirelire, dormir avec des perspectives de conversion et de rendement incertaines, les Suisses choisissent la sécurité». Nombreux sont ceux qui engagent leurs avoirs de prévoyance professionnelle (2e pilier) sans toujours avoir en tête les répercussions sur leur niveau de retraite, ni les alternatives possibles, comme le 3e pilier. «Au moment d’acheter une résidence principale, développe Carole Vauthier, spécialiste en planification financière à la Banque Cantonale Vaudoise (BCV), la première question qui se pose est celle de la constitution des fonds propres. Une partie provient souvent des avoirs de prévoyance, 2e ou 3e pilier, sous la forme d’un prélèvement ou d’un nantissement. Les deux ont leurs avantages et leurs inconvénients, mais la solution choisie dépend essentiellement de la situation patrimoniale globale de l’acheteur. Les décisions prises à ce moment auront des incidences sur le long terme, notamment pour la retraite. Une analyse de prévoyance qui inclut la gestion des risques de décès ou d’invalidité, en intégrant des assurances ad hoc, permet d’y voir clair.»
«Deux solutions souvent méconnues méritent considération, indique Pasquale Zarra, directeur général de la Fondation Lemania de libre passage (FLLP): le retrait partiel, et surtout le nantissement. Le premier limite l’impact sur les prestations futures. Le second permet de préserver l’ensemble du capital, en le mettant en garantie auprès de l’établissement financier.» Le nantissement du 3e pilier est une option trop souvent ignorée, alors qu’il permet de financer l’achat sans toucher au 2e pilier tout en conservant les avantages fiscaux du 3e pilier (voir encadré). Des avantages fiscaux qui pourraient cependant évoluer «si le système actuel d’imposition de la valeur locative, qui permet de déduire les intérêts de la dette ainsi que les frais d’entretien et de rénovation, devait être aboli. Cela aurait des répercussions sur la manière d’appréhender la question de l’amortissement. Dans le cas d’un nantissement d’un 3e pilier, les déductions liées aux versements annuels subsisteraient, mais pas les déductions d’intérêts hypothécaires plus élevées.»
La question du retrait des avoirs se pose de nouveau au moment de prendre sa retraite. «À l’âge de la retraite, précise Carole Vauthier, certaines prestations de prévoyance peuvent être perçues sous la forme d’un capital, issu des 3es piliers ainsi que, si l’assuré le souhaite et en fonction du règlement de l’institution de prévoyance professionnelle, de tout ou partie de son avoir de 2e pilier. Se pose alors la question de l’utilisation de ces liquidités pour un amortissement supplémentaire de la dette. Il est néanmoins important de conserver suffisamment de patrimoine à disposition pour cette période. En effet, en cas d’amortissement au moyen d’avoirs de prévoyance (2e et 3e piliers), le propriétaire pourrait se retrouver avec des revenus insuffisants et, dans l’éventualité où il devait avoir besoin de nouvelles liquidités à terme, une augmentation de la dette hypothécaire se révélera plus compliquée.»
Un retrait partiel des avoirs de prévoyance s’impose comme une alternative mesurée. Contrairement au retrait total, cette option permet de ne prélever qu’une partie du capital nécessaire à l’achat, limitant ainsi les conséquences à long terme. Donc de trouver un équilibre entre sécurité actuelle et avenir patrimonial.
Ces mécanismes exigent une compréhension fine et une projection sur plusieurs décennies. «Le seul capital que beaucoup d’assurés accumulent dans leur vie, c’est leur prévoyance. Encore faut-il en connaître le fonctionnement pour l’utiliser intelligemment, insiste Alexandre Michellod. Il faut protéger l’assuré de lui-même.» Un retrait de capital lors de l’encouragement à la propriété du logement (EPL) est souvent sous-estimé concernant son remboursement. La période pour reconstituer son capital de retraite devient de plus en plus courte.
«La meilleure solution pour gérer le lien entre les avoirs de la prévoyance collective et individuelle est celle qui tient compte de la situation de chacun, du conjoint, des enfants, des revenus, etc. C’est notre rôle d’assureur d’examiner chacun de ces détails avant de proposer une vision globale des risques pour mettre nos clients en sécurité. Nous devons anticiper et proposer des solutions à nos clients qui deviennent propriétaires», insiste l’expert de la Vaudoise. Avant de conclure: «Acquérir un bien est un engagement sur plusieurs décennies. Il engage bien plus que l’avenir financier, il touche à la sécurité personnelle et familiale. La tendance actuelle, encouragée par des taux attractifs et une valorisation sociale de l’accès à la propriété, ne doit pas faire oublier les effets à long terme.» Décider, c’est bien, décider en connaissance de cause, c’est mieux.
Encore trop méconnu, le nantissement offre pourtant une réponse puissante au dilemme entre propriété et sécurité financière. Il consiste à donner ses avoirs de prévoyance en garantie à la banque, sans les retirer. Une opération invisible mais décisive: la rente reste intacte, tout comme les couvertures en cas d’accident ou de décès.
Devenir propriétaire sans sacrifier sa prévoyance
Dans un contexte où le taux de conversion baisse et les incertitudes fiscales augmentent, cette formule permet de concilier stabilité à long terme et accès à la propriété. Autre atout: l’amortissement indirect. Les versements réguliers dans le 3e pilier servent à réduire la dette de manière planifiée, tout en maintenant des avantages fiscaux. «L’amortissement peut lui aussi être direct ou indirect, via le nantissement d’un 3e pilier lié (3A), indique Carole Vauthier de la BCV. Pas toujours connue, cette dernière solution présente notamment l’avantage de déductions plus élevées d’intérêts hypothécaires, ainsi que de préserver les déductions relatives aux versements annuels qu’offre cette forme de prévoyance. Avec le nantissement d’un 3e pilier lié (3A), il y a la possibilité d’amortir tous les cinq ans ou à la retraite.»
Malgré sa pertinence, le nantissement peine à s’imposer. Il requiert conseil, pédagogie et une collaboration fluide entre banques et assureurs. Autant d’enjeux pour structurer un patrimoine pérenne.
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