À en juger par le nombre d’annonces publiées sur les principales plateformes spécialisées, le marché immobilier mentonnais semble en perpétuelle effervescence.
Dans la commune, près de 600 biens sont actuellement proposés à la vente, avec des prix qui descendent rarement sous la barre des 5.000 euros le mètre carré et peuvent dépasser les 10 000 euros dans certains secteurs les plus recherchés.
Une réalité qui confirme, sans surprise, l’attractivité persistante de la Cité des citrons.
« L’immobilier à Menton fonctionne par cycles. Il y a des périodes très dynamiques, avec beaucoup de demandes, puis des moments plus calmes. Mais dans l’ensemble, le marché se porte plutôt bien », analyse Gianni Florio [photo ci-contre], de l’agence Florio Immobilier.
Même constat du côté de Christelle et Sébastien Loffredo [photo ci-contre], propriétaires de l’agence du Grand Palais : « Le marché reste très solide. La demande demeure forte. »
Derrière l’effervescence se cache toutefois une réalité plus nuancée. Pour les professionnels du secteur, le marché a connu plusieurs phases bien distinctes ces dernières années.
« Il y a clairement eu un avant et un après Covid », explique Gianni Florio. « Juste après la pandémie, nous avons connu un véritable boom des ventes. Beaucoup de personnes voulaient changer d’appartement, notamment pour disposer d’espaces extérieurs. Cela a fait grimper les prix de manière très importante. »
Mais cette envolée n’a pas duré éternellement.
L’agent immobilier poursuit : « Avec la guerre en Ukraine et la hausse des taux d’intérêt des crédits immobiliers, le marché s’est ensuite stabilisé. Nous avons même observé une légère baisse des prix. Beaucoup d’acheteurs ont préféré attendre une diminution des taux avant de se lancer. »
Conséquence directe : les transactions ont ralenti et certains biens sont restés longtemps sur le marché.
« Depuis l’an dernier, l’activité est repartie, parce que les gens se sont habitués aux nouveaux niveaux de taux. Mais il n’y a pas eu de nouvelle explosion des prix. Aujourd’hui, nous sommes globalement revenus aux valeurs de 2018-2019. »
Malgré cette stabilisation, le sentiment demeure celui d’un marché particulièrement cher, surtout en comparaison avec des villes plus importantes comme Nice.
Pour Gianni Florio, cette réalité s’explique aussi par certaines dérives du marché : « Certains propriétaires demandent des montants très élevés, parfois sans rapport avec la vraie valeur du bien. Et certaines agences acceptent ces prix uniquement pour décrocher des mandats, sans véritable travail de conseil. »
Avant d’ajouter : « Le prix de vente ne peut pas être déterminé par le projet personnel du propriétaire. Il doit refléter la réalité du marché. »
De son côté, Sébastien Loffredo insiste sur la singularité de Menton : « Menton est un micro-marché très particulier. Même lorsque d’autres villes de la Côte d’Azur connaissent des baisses, ici les valeurs restent relativement stables. »
Quant aux acheteurs, deux grandes catégories se dessinent aujourd’hui sur le marché mentonnais.
« La majorité de mes clients sont de jeunes actifs ou des primo-accédants », explique Gianni Florio. « Ils recherchent généralement des biens entre 250 000 et 300 000 euros, même si aujourd’hui il faut déjà disposer de revenus importants pour acheter. »
Il existe également une clientèle plus aisée, souvent âgée de 40 à 50 ans, en quête de maisons individuelles ou de villas.
Mais du côté de l’agence du Grand Palais, le profil des acquéreurs a profondément évolué ces dernières années.
« Nous travaillons désormais beaucoup avec des acheteurs étrangers », expliquent Christelle et Sébastien Loffredo. « Ils viennent du nord de l’Europe, de Suisse, de Belgique, des États-Unis, du Royaume-Uni ou encore d’Europe de l’Est. »
Une clientèle souvent dotée d’un pouvoir d’achat élevé. « Cela fait une vraie différence par rapport à la clientèle française, qui rencontre aujourd’hui davantage de difficultés financières. »
Et du côté des vendeurs ? Là aussi, certaines tendances se dégagent nettement.
« Très souvent, les ventes font suite à des successions ou à des divorces », observe Gianni Florio. « Il y a aussi des familles qui vendent un petit appartement pour acheter plus grand, par exemple après la naissance d’un enfant. »
Les époux Loffredo évoquent quant à eux un important renouvellement générationnel.
« Beaucoup de propriétaires qui avaient acheté dans les années 1970 ou 1980 disparaissent aujourd’hui. Les héritiers ne vivent plus forcément à Menton, parfois même plus en France. »
Dans de nombreux cas, les biens sont revendus pour régler les frais de succession. « Les enfants ne souhaitent plus conserver une résidence secondaire à Menton, notamment à cause de la fiscalité ou de la double imposition pour les non-résidents. »
Selon eux, les habitudes ont aussi changé :
« Les jeunes générations ont moins envie de posséder une résidence secondaire fixe. Elles préfèrent voyager et découvrir différents endroits. »
Reste enfin une question centrale : achète-t-on pour y vivre ou pour investir ?
« Les primo-accédants achètent principalement pour leur résidence principale », souligne Gianni Florio.
« Mais les propriétaires de résidences secondaires cherchent souvent à rentabiliser leur bien lorsqu’ils ne l’occupent pas, grâce à la location saisonnière ou à la location étudiante. »
Un phénomène alimenté par la présence de Sciences Po et d’autres établissements d’enseignement supérieur. « Menton est très attractive pour les étudiants, ce qui soutient fortement le marché locatif. »
Même constat du côté de l’agence du Grand Palais : « Nous voyons apparaître une nouvelle mentalité. Beaucoup d’investisseurs achètent des appartements pour les mettre en location. »
Une évolution qui alimente aujourd’hui un autre débat, particulièrement sensible : celui des difficultés croissantes pour les habitants qui cherchent à se loger à l’année.
Car derrière l’attractivité du marché immobilier et le succès des investissements locatifs se cache une réalité bien plus compliquée pour de nombreux Mentonnais : celle d’une offre de logements permanents qui se raréfie, tandis que les loyers continuent d’augmenter.
Vous pouvez le désactiver pour soutenir la rédaction du groupe Nice-Matin qui travaille tous les jours pour vous délivrer une information de qualité et vous raconter l’actualité de la Côte d’Azur
Et nous, on s’engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.
Si vous souhaitez conserver votre Adblock vous pouvez regarder une seule publicité vidéo afin de débloquer l’accès au site lors de votre session
Un cookie pour nous soutenir
Nous avons besoin de vos cookies pour vous offrir une expérience de lecture optimale et vous proposer des publicités personnalisées.
Accepter les cookies, c’est permettre grâce aux revenus complémentaires de soutenir le travail de nos 180 journalistes qui veillent au quotidien à vous offrir une information de qualité et diversifiée. Ainsi, vous pourrez accéder librement au site.
Vous pouvez choisir de refuser les cookies en vous connectant ou en vous abonnant.
Merci de la part de toute notre rédaction 🙏