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Depuis quelques années, l’esport connaît un essor grandissant. Les compétitions sont internationales et réunissent des millions de viewers (selon l’institut Statista 11,7 millions de Français étaient fans d’esport en 2023), les joueurs sont de véritables icônes et le Comité international olympique a même annoncé la création des Jeux olympiques de l’esport.
L’an passé, le marché du sport électronique était estimé à 1,7 milliard de dollars. L’arrivée d’investisseurs de renom a permis de le professionnaliser. À l’instar de joueurs de football ou de basketball, les athlètes esport professionnels font partie d’une structure qui leur verse un salaire et ils génèrent des revenus publicitaires en plus des gains des tournois. Comme dans le sport traditionnel, ils sont représentés par des agents qui défendent leurs intérêts. Fait peu connu, l’une des agences de représentation esport les plus influentes au monde est toulousaine. Nommée Prodigy Agency, elle a été fondée en 2019 par Jérôme Coupez, lui-même ancien joueur.
« J’ai arrêté de jouer pour me consacrer à mes études et à ma carrière professionnelle. J’ai notamment travaillé dans le sport automobile au sein de Renault en Formule 1. Lorsque l’esport a commencé à se développer autour de 2015, j’ai absolument voulu aider l’écosystème à ma façon. Certains des meilleurs joueurs du monde sur le jeu Counter-Strike se sont rapprochés de moi afin que je puisse les accompagner dans la recherche de sponsors, le développement de leur image de marque, à négocier des contrats, etc. Je me suis rendu compte qu’ils ne savaient rien de l’aspect légal, qu’ils signaient des contrats sans en connaître les termes et sans l’intervention d’un avocat. Certains se retrouvaient bloqués par des deals et n’étaient pas payés », raconte Jérôme
Coupez, cofondateur de Prodigy Agency.
En 2018, il décide de quitter son emploi en Formule 1 pour s’installer en Indonésie où il occupera le poste de directeur marketing dans la plus grande agence d’esport de l’Asie du Sud-Est. « Le bouche-à-oreille a fait que de plus en plus de joueurs, pas seulement Français, mais aussi d’Asie, des États-Unis et de partout en Europe se sont tournés vers moi », se souvient-il. Croulant sous les demandes d’athlètes des quatre coins du monde, le jeune homme décide de fonder sa propre agence pour représenter et développer les intérêts, les carrières et la performance de joueurs esport.
Aujourd’hui, la structure représente près de 200 joueurs professionnels provenant d’une
cinquantaine de pays différents, dont une quinzaine dans l’Hexagone. Parmi eux, le Français triple champion du monde sur le jeu Counter-Strike Mathieu « ZywOo » ou le Canadien TenZ, star mondiale du esport. Sur tous les jeux majeurs, elle compte l’un des meilleurs joueurs à ses côtés.
L’agence toulousaine accompagne ses athlètes sur tous les aspects qui entourent leur carrière dans le sport électronique de sorte à ce qu’ils se concentrent uniquement sur « jouer, performer et gagner ». Elle les aide à trouver une équipe. Elle négocie et valide les contrats avec l’expertise d’avocats. Elle les épaule dans leur développement de marque et image à travers : la gestion de leurs réseaux sociaux et chaînes en ligne, la recherche de sponsors et partenaires commerciaux, la mise en place de leur propre marque et produits dérivés, etc.
« Nous avons un service juridique en interne, à Toulouse, mais aussi des avocats un peu partout dans le monde, aux États-Unis, au Japon, en Lituanie, etc. Certains de nos joueurs peuvent être comparés à Messi ou Ronaldo de l’esport. En plus d’être parmi les meilleurs, ils comptent des millions de followers et réunissent plusieurs dizaines de milliers de viewers à chaque stream en ligne. Ce sont de véritables stars. Il y a beaucoup d’aspects qui entrent en jeu lorsque l’on gagne de grandes sommes, nous les aidons donc à trouver les bons fiscalistes, avocats, experts-comptables, etc. Nous pouvons mettre à leur disposition un psychologue ou un coach mental. Nous sommes capables de mettre en place tout l’accompagnement nécessaire autour d’un joueur où qu’il soit dans le monde », explique le jeune dirigeant de 35 ans.
Présente sur tous les continents et les jeux majeurs à travers ses joueurs, l’entreprise en
croissance constante affichait un chiffre d’affaires de quatre millions d’euros en 2023. Elle génère des revenus via plusieurs sources, dont une commission mensuelle de 5 à 10 % sur le salaire de ses joueurs. Elle perçoit un pourcentage de 20 à 30 % sur les opportunités commerciales, près de 20 % sur la monétisation des chaînes en ligne et 20 à 30 % sur la vente de produits dérivés à l’image des athlètes. Pour l’exercice en cours, l’agence dont les principaux concurrents se situent aux États-Unis table sur cinq à sept millions de chiffre d’affaires.
« Nous sommes arrivés dans le bon timing et avons su répondre à un réel besoin de structuration au moment où l’esport était en plein boom et les joueurs n’avaient pas d’accompagnement. Nous avons su garder notre avance grâce à notre stratégie tournée vers le succès du joueur plutôt que le gain. Durant trois ans, je ne me suis versé aucune rémunération. L’argent a été injecté dans le recrutement d’un staff compétent, les joueurs et notre développement global. Cela a été payant. »
Leader mondial sur la représentation de joueurs, Prodigy Agency emploie une trentaine de personnes réparties entre la Ville rose, les USA, le Brésil, la Turquie, le Royaume-Uni, etc. Avec pour objectif de conserver sa place de leader, la structure entend continuer à représenter et signer les meilleurs athlètes de la planète et trouver les pépites de demain. Dans ce sens, elle prévoit d’ouvrir une agence à Séoul, capitale de la Corée du Sud, pays pionnier de l’esport. Cette entité lui permettra d’intensifier sa présence sur le marché asiatique « assez fermé », mais qui tient une grande place en termes de performances et de revenus. « C’est un phénomène certes, mais le secteur se professionnalise et a tous les ingrédients pour continuer à grandir, l’audience, les fans, et des joueurs de grande qualité », s’enthousiasme Jérôme Coupez.
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